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Comment encourager un enfant à vivre ses rêves ? Rencontre improbable

Il y a quelques semaines, le film de notre voyage autour du monde était diffusé au Maroc. Deux ans et demi après sa sortie, il continue donc sa vie au-delà des frontières, même si nous n’avions jamais imaginé un tel retentissement en le réalisant. Quelques temps après sa diffusion, alors que j’allais au Maroc d’ici quelques jours, nous recevons un e-mail :

« Bonjour,

Je m’appelle Nora, j’habite au Maroc et le frère de ma meilleure amie vient de fêter ses 9 ans. Un grand passionné de voyage comme nous malgré son jeune âge, et surtout à bicyclette. Pour fêter ses 8 ans l’année dernière, il a pédalé 8 km en pleine montagne. À son âge, il sait déjà ce qu’il veut faire : le tour du monde à bicyclette. Et pour l’encourager et lui trouver des histoires inspirantes, je vous ai contacté pour demander si c’est possible d’envoyer un petit message pour ce petit garçon qui s’appelle Houssam. »

J’avais du mal à me lancer pour écrire à Houssam. Comment encourager un enfant à vivre ses rêves ? La question est ambitieuse et chargée d’une certaine responsabilité un peu impressionnante. Nous faisons régulièrement des projections dans les collèges par exemple, et il est assez facile de répondre aux questions des plus jeunes, en improvisant avec de vraies anecdotes de voyages qui les feront rire, les effraieront peut-être, mais dans tous les cas, mettront une histoire sur une question. Mais là, comment trouver les mots simples pour dire à Houssam qu’il a les capacités d’aller au bout de son rêve, si grand ?

En gambergeant, j’ai relu le message de Nora, et quelque chose a fait « tilt » en deuxième lecture : pour ses 8 ans, Houssam adore faires des kilomètres en montagne. Son rêve, en réalité, est déjà en train de se réaliser.

Là, l’écriture s’est un peu décrispée :

« Cher Houssam,

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir une maman comme la tienne. Comme toi, nous avions une maman et un papa qui nous ont appris à faire du vélo. Ils nous encourageaient à aller jouer dehors, comme ta maman. Comme Nora.

Quand nous avions ton âge, avec les copains le soir en rentrant de l’école, nous faisions quelques kilomètres à vélo sur un circuit improvisé, près de chez nous. Nous allions vite, à en perdre haleine, pendant longtemps, presque tous les jours. À force de rouler, sur le chemin de béton clair, il y avait la trace de nos pneus dans les virages ! Tout comme toi, nous nous disions que nous pourrions voyager autour du monde, un jour.

Tu te dis que tu rêves de faire un tour du monde à vélo ? Et bien, ça commence par 8 km, comme ceux que tu as parcourus pour tes 8 ans. Bien sûr, ensuite, ça n’est pas fini. Si tu es fatigué, tu peux te reposer. Sous ta tente, à l’ombre d’un arbre touffu, ou dans un champ chauffé par le soleil. Ensuite, tu recommences. Encore et encore. Tu as déjà parcouru 8 km. En plus en montagne, c’est dur ! Dis-toi que la plupart des autres kilomètres sont bien plus faciles.

Sur ton chemin, tu rencontreras des gens, qui te demanderont d’où tu viens. Tu leur diras : « de chez moi ! » Ils te demanderont : « c’est où chez toi ? » Et tu pourras leur dire : « c’est au Maroc, à seulement à 8 km ! Ils souriront et te diront : « le Maroc, à 8 km ?! Mais non, c’est au moins à 100 km d’ici ! » Là, tu pourras leur faire remarquer : « monsieur, rappelez-vous : 8 x 15, ça fait 140 kilomètres ! Donc le Maroc, si on veut, c’est à 8 km. C’est vrai qu’il faut recommencer 15 fois. Mais je sais le faire, depuis que j’ai 8 ans ! »

Et tu pourras dire la même chose à toutes les personnes que tu rencontres. Ils souriront souvent, parfois ils t’offriront un thé, et même des fois à manger et un endroit où dormir. À force de faire du vélo, ton corps deviendra fort et tu pourras rouler plus longtemps, pour aller encore plus loin. Et ce n’est plus 8 km que tu sauras parcourir en un coup, mais au moins 80 km, dix fois plus !

Ensuite, en pédalant plusieurs fois 80 km, tu traverseras des pays entiers ! En partant du Maroc, tu trouveras peut-être la Mauritanie, et ensuite le Sénégal. Au fil des jours et des semaines, le paysage changera : le désert laissera place à la végétation tropicale avec des arbres grands comme des immeubles ! Tu traverseras des fleuves aux noms exotiques, comme le fleuve Gambie, si tu continues. Tu rencontreras des gens qui parlent une langue inconnue, tu rencontreras des animaux qui n’existent pas chez toi, des zèbres par exemple.

Bien sûr, ce ne sera pas tous les jours facile. Après tout, ça demandait un peu d’effort de pédaler 8 km pour ton anniversaire, non ? Tu auras chaud, tu auras froid, tu seras parfois plein de poussière. Mais tu pourras repenser à tes 8 km et tu te diras : dis-donc, qu’est-ce que j’ai progressé depuis ! Et ça te donnera la force de continuer.

Alors tu vois, Houssam, tu devrais remercier ta maman et son amie Nora. Pas pour nous avoir envoyé un message, mais pour te laisser faire du vélo. Parce que c’est grâce à elles que tu as pu avoir l’idée d’un rêve comme le tien. Tout le reste, c’est le monde entier qui s’organise pour te donner la force de continuer. »

En résumé : pour encourager un enfant à vivre ses rêves, il me semble qu’un bon début consiste à l’encourager à faire ce qu’il fait déjà.

Épilogue : rencontre à Marrakech

Brian rencontre Houssam et son père à Marrakech grâce à Nora. Il lui remet la lettre manuscrite pour l’occasion !

J’ai rencontré Nora sur le spot d’Imssouane où j’ai passé quelques jours à surfer. Elle a fait le détour pour boire un café. Là, j’ai appris que Houssam vivait à Marrakech, et j’y allais le lendemain. Ni une ni deux, Nora me met en contact avec Houssein, le père d’Houssam.

Près de la porte Bab Doukkala de la médina, nous nous sommes serré la main autour d’un verre. C’était rapide, mais tellement chouette, de pouvoir rencontrer un jeune garçon avec des étoiles dans les yeux, qui me demandait : « ce week-end, on va en montagne avec papa, tu veux venir ? ».

Ah, fichue vie d’adulte et ses plannings à respecter !