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Jusqu’où a-t-on le droit de voyager ?

Brian : « Quand j’étais en échange Erasmus pour mes études en Norvège en 2009, j’avais un colocataire qui s’appelait Saad, il était pakistanais. Il me disait “tu sais, dans mon pays, c’est différent de ce que vous dites dans les médias en Europe et ailleurs. Les gens sont très accueillants par chez moi et vous ne montrez que les problèmes avec les talibans. Comme vous les français, dans nos repas, il faut que l’on mange du pain, sinon on a l’impression d’avoir encore faim !” me disait-il en s’esclaffant. Mine de rien, il éveillait ma curiosité sur son pays. Pour conclure, il m’invitait en m’assurant “un jour, tu peux venir chez moi au Pakistan, tu verras !” »

On a appris hier que Javier, un voyageur espagnol, a provoqué indirectement la mort de 6 soldats et les blessures de 5 autres au Pakistan. Ils composaient l’escorte sous laquelle il voyageait dans le pays et leur groupe a été victime d’un assaut mené par des hommes armés. Et « il fallait s’y attendre », nous assure la rédactrice du billet du Monde. Que la page Facebook du voyageur rassure sur la bonne santé du voyageur est logique, qu’elle oublie de mentionner le décès des personnes assassinées est clairement une faute. Que le voyageur ait accepté une escorte militaire relève de l’étonnement : cela va à l’encontre de l’esprit du voyageur qui veut s’ouvrir au monde en tant qu’individu. Mais là encore, difficile de savoir dans quelles circonstances il a accepté cette escorte – on ne lui a peut-être pas laissé le choix arrivé à la frontière irano-pakistanaise. Et il y a fort à parier que le fait de voyager sous escorte soit la raison même qui lui ait valu cette attaque. Et de ce point de vue-là, effectivement, ce scénario paraissait bien probable. Pour autant, cela veut-il dire que le Pakistan est un coupe-gorge ?

Mais ce n’est pas notre rôle d’enquêter, les journalistes sont là pour remonter les problèmes en faits et il est clair que le Pakistan est un pays à risque. Des alpinistes ont été assassinés au camp de base du Nanga Parbat cette année par des talibans. Pourtant, de nombreux cyclotouristes empruntent chaque année la route du Karakorum entre la Chine et le Pakistan dans leur chemin vers l’Asie orientale. Dans nos rencontres avec d’autres voyageurs à vélo, beaucoup retenaient les Pakistanais comme l’un de leur peuple favori. « Leur sens de l’accueil est incroyable ! » nous assurait-on. À tel point que nous avons nous-même hésité à emprunter cet itinéraire pour notre retour en Europe. Il en va de même pour l’Iran, qui jouit chez nous d’une mauvaise réputation médiatique (et dans l’opinion publique occidentale en général) et qui contribue à mettre dans le même panier tous les pays d’Asie Centrale de la même consonance. Pourtant, c’est bien la bonté des Iraniens qui nous a aidé à traverser le Turkménistan. Et ça n’est qu’un seul exemple de notre expérience.

Partage d'un repas avec des camionneurs iraniens au Turkménistan

Partage d’un repas avec des camionneurs iraniens au Turkménistan

La question qui se pose est donc : jusqu’où a-t-on le droit de voyager ? Javier a pris des risques, éventuellement fait de mauvais choix et cela a coûté la vie à des hommes. Nous en sommes extrêmement attristés. Loin de nous l’idée de minimiser cette perte, elle est très grave. Et lui-même semble ne pas avoir communiqué sur l’ampleur des faits et son ressenti. Mais de là à dire qu’il n’aurait jamais dû entrer dans le pays, c’est renoncer au principe d’extériorité qui constitue l’essence même du désir d’ailleurs. « Que tous les hommes soient frères est une vérité abstraite tant que je n’ai pas éprouvé une fraternité concrète en face d’un homme en chair et en os », nous enseigne Pascal Bruckner. Et qui ne prend jamais de risque arrête sa vie au point de départ. Que dira-t-on des risques pris par les journalistes sur les fronts de guerre ? Les récents assassinats d’otages, et ceux qui sont encore détenus ? Doit-on leur jeter la pierre ? S’il est légitime de dire « Combien d’orphelins pour un cycliste étranger ? », on peut aussi dire la même chose de ceux qui remplissent nos chers journaux, télévisions, sites d’information… Et là, ce serait Reporters sans Frontières qui s’offusquerait. À raison. Mais pourquoi les journalistes auraient-ils le droit au monopole du risque après tout ? Alors quoi, on ne va quand même pas créer « Voyageurs sans Frontières » ?!

Les risques sont intrinsèques au progrès. Sauf qu’aujourd’hui, on préfère celui pris à la vue des courbes du CAC 40 devant un écran d’ordinateur. S’offusquer devant iTele et se forger une opinion par procuration en continu, n’est-ce pas aussi prendre le risque de devenir ignorant sans le savoir ? Où se situe le vrai risque ? L‘aventure, par définition, c’est sortir de sa zone de confort. Visiter un pays à risque, personne ne peut nous l’interdire, sinon les autorités du pays elles-mêmes et là au moins c’est clair à la frontière. Donc au regard des différentes lois, il semble que la réponse à la question de cet article soit évidente. Lorsque nous étions au Venezuela, nous avons été mis en garde plusieurs fois sur l’insécurité qui y règne – idem au Honduras ou au Salvador. Nous avons été bien accueillis et avons échangé avec des hommes qui valaient la peine d’être rencontrés. Une poignée d’extrémistes ne sont, par définition, par appellation même, que la partie marginale d’un peuple dont l’identité a bien plus à faire valoir. Que reste-t-il alors pour empêcher notre départ si le désir y est ? Les « on dit ».

Doit-on s’empêcher de partir à cause d’un a priori ? La France, lieu de nos préjugés, laisse elle-même échapper par endroits des relents de crainte ou d’agressivité rarement vus ailleurs. Il en reste à croire que le seul endroit où nous nous sentions bien soit notre chez soi bien gardé. Ce climat est entretenu via la télévision par une spirale sans faille : par l’entremise des images de violence, le cocon du spectateur s’épaissit et, à travers les murs, il plaint ceux de l’autre côté du poste. Les problèmes faisant vendre, ce spectacle affolant sur l’extérieur ne demande donc qu’à être entretenu. Bref, le système se suffit à lui-même et perdure. Les images de bombardement en bombardement d’images : une efficace artillerie destinée à écraser la curiosité. Si nous écoutions trop les médias, nous aurions peur de nous promener à Marseille. Pourtant tout le monde connaît Marseille, cela reste une chouette ville, d’ailleurs capitale européenne de la culture l’an dernier. Marseille est le Pakistan de Javier : on aimerait aller s’y balader, mais il y a des endroits déconseillés. Et c’est partout pareil. Quelle est la raison fondamentale qui nous ferait croire qu’il en serait bien plus différent pour le Pakistan ?

Rencontre avec des soutiens de Chavez au Venezuela

Rencontre avec des soutiens de Chavez au Venezuela

Il est évident que partir à l’aventure en croyant aux Bisounours, c’est aller au casse-pipe. Nous serions les derniers à aller nous balader naïvement dans les régions Syriennes en tension, et pourtant il s’y trouve de braves gens qui, en dépit des conditions actuelles, feraient preuve d’humanité. Et c’est bien cela que le voyageur vient chercher, l’humain. D’ailleurs, des journalistes se rendent tout le temps dans les endroits à risque, pour faire leur métier, assouvir leur passion, vivre la vie qu’ils ont choisi. Voyager, c’est aussi, pour certains, une vie choisie. De la même manière que les reporters foulent parfois les frontières illégalement pour le bien de l’information, le voyageur se risque parfois à outrepasser certaines règles (légales ou de bon sens). Quand on part, on ne s’attend à rien, et c’est bien pour cela qu’on le fait. 

Morgan : « Les notions de risque, de liberté et de sécurité sont bien abstraites. Elles diffèrent tellement d’un individu à l’autre que j’en arrive à me demander si nous parlons bien la même langue. En revanche, je crois que chacun d’entre nous, quelque soit notre éducation ou nos origines, comprendra la légitimité de cette affirmation : la quête du bonheur, dans le plus grand respect d’autrui, doit guider chacun de nos pas. Mais dois-je rappeler qu’il n’existe pas de voie sans effort ? Il est parfois nécessaire de repousser un peu sa propre frontière du risque. Il est bon aussi de s’avouer que l’on privilégie la sécurité routinière à la liberté révolutionnaire pour le plus grand bonheur de nos dirigeants. Le voyage quant à lui n’est qu’un outil dans la quête du bonheur, il en existe beaucoup d’autres. Mais ce qui compte, pour ceux qui ont choisi cette voie, est de savoir jusqu’où va son envie de voyager ? »

  • Je suis allé au Pakistan en 2000, y compris sur cette route du Balouchistan mais pas à vélo. Le Pakistan avait déjà très mauvaise presse, mais y aller était comme aller en Iran aujourd’hui, pas vraiment de problème. Le Balouchistan était cela dit déjà pas mal déconseillé pour un cycliste, de même que l’est de l’Iran avant la frontière. Pas mal de cyclos faisaient le choix de mettre le vélo sur le bus pour traverser cette région. Le problème n’était pas tant les talibans que les contrebandiers, très nombreux dans cette région. J’ai d’ailleurs croisé un cycliste qui s’était fait tirer dessus (enfin sur sa tente) la nuit.
    Mais je n’y retournerais pas aujourd’hui, même si ça me crève le coeur de dire ça tant le Pakistan est certainement mon expérience de voyage la plus incroyable. Il a eu une escorte armée, car il y en a une systématiquement pour tout étranger qui traverse le Balouchistan de nos jours. De mémoire, c’est ça ou tu ne passes pas.
    Je ne suis pas complètement d’accord sur la comparaison avec les journalistes. Si tu es pris en otages, la France mettra beaucoup de choses en oeuvre pour essayer de te libérer. Si tu es journaliste, tu faisais ça certes pour ton plaisir, car tu aimes généralement ton métier, mais également pour informer le reste du monde. Si tu es voyageur, c’est pour ton propre plaisir, point. Que tu prennes des risques, c’est ton droit, mais quand ces risques peuvent signifier des risques pour d’autres ensuite, ça devient plus difficile à justifier, je pense.
    C’est un peu le problème du côté toujours extrêmement alarmiste des conseils aux voyageurs du MAE. On ne fait plus la distinction entre les régions où on nous dit qu’il ne faut pas aller alors que le risque reste mesuré et celles où il ne faut vraiment (malheureusement) pas aller. L’expérience de voyage y serait peut-être incroyable, mais le jeu n’en vaut plus la chandelle.
    Mes 2 cents ….

    • Merci Laurent d’apporter des précisions sur les conditions de ces escortes de voyageurs. La question qui est sous-tendue finalement dans l’article, c’est est-ce que ce sont nos métiers qui dictent les droits de nos déplacements ? Si oui, quelle valeur accorder à chacun ? Un archéologue, par exemple, a-t-il un métier moins important que le journaliste ? Nous avons fait la comparaison avec les journalistes, nous aurions pu la faire avec les travailleurs expatriés, les diplomates, les médecins… Eux aussi prennent des risques qui mettent en danger pas seulement leur propre vie, mais on tolère leur présence.
      Enfin, à l’ère d’internet, le voyageur ne voyage pas seulement pour lui-même mais bien souvent pour partager. Peut-être, en ce sens, prend-il un rôle qui peut compléter celui des journalistes ? L’un vient rapporter un témoignage humain, l’autre les conflits et problèmes.

  • Claude

    Pour répondre à Laurent, je ne pense pas que le voyage de Solidream a été pour leur propre plaisir. Leur slogan « rêves,défis et PARTAGE » ainsi que toute l’énergie qu’ils ont mis à communiquer durant et après leur voyage me semble prouver le contraire. Le sujet n’est bien évidement pas de comparer journalistes et voyageurs, il est clair que les deux assouvissent une passion avec, le plus souvent , des moyens sans commune mesure.
    Merci aux journalistes d’essayer de nous informer et merci aux voyageurs de nous prouver que l’humain est bon.

  • @

    Est-ce que quelqu’un a déjà vu un mort, je veux dire une personne innocente assassinée devant lui, une vie qui s’arrête ? si oui il y a une très forte nausée qui suit pour ceux pour qui la vie humaine a une valeur (pas marchande), cette nausée nous ne la retrouvons pas face à un cadavre d’une personne morte naturellement, de viellesse ou autre…où je veux en venir ? Les médias ont réussi..nous entendons tellement de mort aux informations (quelque soit le média) au cours de nos vies occidentales…que c’est devenu banal.
    1,2,3,4,5,6 morts, 6 hommes qu in’auront plus la possible de revenir sur terre à l’heure où nous écrivons ! Pour un morceaux de terre traversé en vélo ???…Nous avons déjà LA chance d’avoir un vrai « PASSE-PORT »en occident, il y a tellement d’endroits qui nous sont autorisés.
    Au Pakistan encore de nos jours il y des zones non dangereuses parfaites pour rencontrer une population…et si on tient particulièrement à traverser le Balouchistan…et bien pas de caprice…on reviendra plus tard (un voyageur n’est pas voyageur pour une durée déterminée puis ensuite plus rien…on l’est toujours),car les soldats sont obligés d’escorter , ordre de l’état pakistanais, mais je pense que ces 12 soldats se seraient bien passé de cette visite touristique où reportairistique. Rien que pour cette mauvaise pub SUPPLEMENTAIRE dans les médias internationnaux, DONC dans les petites têtes occidentales, je pense que les Pakistanais ont toutes les raisons d’être en colère (je ne parle même de la perte de l’un des leur pour les familles).

    J’habite Marseille, si je dis à des touristes « il y a des quartiers à éviter car plus dangereux que d’autres où vous pouvez rencontrer des problèmes (pas à coup sûr, mais fort probablement) » et qu’ils me disent « bah on y va », si ca tourne mal et que la vie d’agent de sécurité est en jeu, je pense que je me dirais qu’ils ont manqué de bon sens : et pour voir et faire quoi ? dire « je peux et j’ai le droit d’aller partout ». La responsabilité première est celle des terroristes qui tirent, la responsabilité seconde vient au voyageur qui a prouvé que l’humain est bon (au moins 6 d’entre eux qui ont prix le risque de protéger cette inconnu espagnol).
    Une femme en panne de voiture marche en pleine nuit sur le bord de la route, une voiture passe mais ne s’arrete pas, le lendemain elle a été victime d’un meurtre. Le meurtrier est responsable…mais le « non assistance à personne en danger » non ? Certains disent « c’est pas morale », je me fou de la morale, je parle moi de bon sens et d’humanité.

    Des expériences de pensée sur l’éthique on pourrait en faire plein d’autres…en fait il ne s’agit pas de solidream…ni du cycliste espagnol mais bien de 6 MORTS… pour pas grand chose, rien de VITAL.

    On s’en carre de la morale judéochrétienne, « condoléences aux familles » nous ne les connaissions pas, les pensons nous , les ressentons nous vraiment ??? Arrêtons l’hypocrisie ;celle des médias de masse. Par contre le premier des vrais RESPECTS d’autrui (emphatie réelle), c’est « ne pas les exposer au danger , à la mort ». Du côté psychologique quand tu es entouré de 12 soldats tu dois bien sentir qu’ils sont là dans cette zone dangereuse pour TOI.
    MAIS l’occidental est ROI avec ses soldats autour de lui, il progresse sur des terres qu’il découvre, qu’il ne vie pas que depuis 24h (les pakistanais n’ont pas le droit à un tel cortège) : au moins les fans ou lecteurs du blog et du réseaux pourront et SAURONT (sans nul doute 😉 ) apprécier et interpréter les photos de la région, c’est important l’information. hum…….

    Quand je voyagais en Egypte j’avais très envie d’aller dans le Sinai et dans le sud de la vallée de Luxor, on m’a dit pour cela il faut être escortée, alors……. je suis restée au Caire avec l’espoir de pouvoir y aller un jour…pas de défi…par contre je suis allée avec mon ami sur la place Tahrir ce qu’il s’y passait n’avait rien à voir avec ce que les médias français relataient, juste des manifestations…comme en France quoi. Cela dit dans un quartier proche de la capitale je me suis faite agréssée à l’arme blanche car je n’avais pas pris la peine de me renseignée, marchant au grés des envies, un automobiliste égyptien est passé par là et nous a ramené dans une zone sans risque avec mon ami, j’imagine que ca arrive en France aussi…
    Comme en sport un risque n’est bon que quand il est mesuré.

    AUCUN endroit au monde ne vaut la VIE d’autrui, tu risques la tienne mais pas celle des autres, car dans la folie et l’inconscience tu peux aller, en aucun cas entrainer les autres.
    Un journaliste ne fait pas que rapporter l’information…par pur amour de la véracité des faits, il rapporte les informations pour qu’on soit, le plus grand nombre, « informé » et qu’on agisse ! Je pense que les journalistes essaient de protéger les populations civiles locales qu’ils rencontrent, des tragédies qu’elles subissent et de dénoncer les vrais coupables (que ce soit des groupes armés voire un état) afin qu’ils soient sanctionnés, de même que les ONG, les médecins, diplomates…si ca dégénère tu sors du pays..tu veux rester ? Ce n’est pas raisonnable..il faut mesurer le risque, les gens auront besoin d’un médecin après pas d’un cadavre de plus maintenant, il faut savoir quitter le navire, abandonnée et agir de façon raisonnée.

    Enfin, j’espère que personne n’attend que les voyageurs nous rapporte que l’homme est bon (en plus il y a bcp de voyageur à ce jour qui n’ont pas de médiatisation), au risque d’être démago, autour de moi il y a des personnes si altruiste de nationalités et d’origines différentes que je sais que l’homme est bon, enfin qu’il peut l’être, avant même de voyager pour le découvrir (l’homme est bon, mais en tout lieu ?) je l’avais lu (c’est le premier des voyages, la lecture…de lignes pas d’images) grâce à un tas d’antropo-socio-philosophicologue tel Lévi strauss entre autres.

    Jusqu’où a-t-on le droit de voyager ?
    Jusqu’aux frontières de notre humanité, en tous cas moi j’en ressens le devoir et non le droit.

    • La sensibilité, voire la culpabilité, voire même la responsabilité de la mort d’autrui est bien le pire des sentiments. Certainement la pire des fautes. Tu fais bien de souligner que nous avons de la chance d’avoir un passeport européen, cela souligne que ce genre de situation ne peut être provoqué dans la plupart des cas par des occidentaux qui ont les passages de frontières faciles. Je suis d’accord pour dire qu’aucun endroit au monde ne vaut la vie d’autrui également.
      Cela dit, je redis ce que nous disons à Laurent plus haut et qui est dit dans l’article : pourquoi la légitimité du journaliste (ou de l’archéologue, de l’expatrié brassant des millions pour un groupe pétrolier et j’en passe) est-elle plus grande que celle du voyageur ? Si l’on légitimise les risques pris par le journaliste dans sa mission d’informer et de faire agir son pays d’origine, je crois que le témoignage que rapporte le voyageur a tout à fait le même dessein. D’ailleurs, tous les voyageurs ne rapportent pas tout le temps que l’homme est bon. Même si c’est une tendance je te l’accorde, car c’est bien l’expérience globale qu’ils ont – de la même manière que c’est une tendance des médias de nous montrer des atrocités. Et, quand bien même cela serait le cas, s’ils ne le faisaient plus, il n’y aurait plus personne pour le dire et on oublierait assez vite. Donc la logique est la même. Dans les deux camps.
      Non, je crois que le réel problème se situe dans le jugement que l’on a d’une situation à risque en présence d’autrui. Cela dit, ce jugement est très subjectif : pour l’un la situation à risque sera déjà de franchir la frontière du Mexique alors que pour l’autre visiter les confins de l’Afghanistan sera surmontable (et nous avons rencontré des cyclo-voyageurs qui ont franchi ce pas). Finalement, la question devient donc : comment peut-on se rendre compte que notre activité met en péril la vie d’un autre être humain ?

      Brian, qui n’engage que lui 🙂

  • @

    Désolée d’avance pour la longueur de ma réflexion mais je considère ce sujet important et ce ne sont pas quelques phrases qui me permettent de réellement traiter le sujet…à moins que cette affaire ne soit l’occasion de parler d’autre chose…que ce qui s’est produit au Pakistan, le décès de 6 hommes.

    Je suis d’accord, les peurs causées par les médias et relayées par les gens qui les croient ne devraient jamais empêcher les gens de partir…mais il ne s’agit pas de partir là mais d’une VOLONTE de parcourir une zone humainement dangereuse.
    A partir de quand ou « comment peut-on se rendre compte que notre activité met en péril la vie d’un autre être humain ? » C’est ta question, je sais pas moi …par exemple quand on explique à un étranger occidental que l’on va devoir l’accopmpagner parce que malheureusement cette zone de notre pays est tristement dangereuse et qu’elle est le lieu d’enlèvements fréquents et récents d’étrangers (valant de l’argent, des rançons, nan parce que les autres ils les tuent… il y a 14 soldats iraniens il y a 3 mois qui ont perdu la vie dans cette même zone dès la frontière) qui représentent un intérêt.
    J’imagine qu’on a du lui expliquer qu’une dizaine d’homme allaient le suivre et le protéger jusqu’à tel endroit. A moins qu’il n’ait rien compris et qu’il se soit dit « décidemment ces pakistanais acceuillent vraiment chaleureusement ! » TAPIS ROUGE !! Quel carnage mon dieu je ne peux m’empêcher de penser « pour un malheureux voyage d’une semaine à tout casser ».
    Encore une fois je me fou de la subjectivité face à une situation à risque des uns et des autres…je dis juste TU le prends SEUL le risque. C’est pas moral c’est éthique. Si je traverse l’Afgahnistan escortée (exploit ou non d’ailleurs) et qu’il ne nous arrive rien j’aurai quand même le sentiment de culpabilité car le seul fait de les avoir exposés au danger me donnerai honte surtout si c’est pour aller me baigner à 2000 km de là sur une plage thailandaise par la suite…si j’étais médecin et qu’on m’obligerai à être accompagner et bien j’aurai tout de même un cas de conscience, je me poserai les bonnes questions, humainement cela vaut-il le coup ?. Je mesurerais avec l’avis des soldats ce risque.

    Si les soldats avait été tué pour protéger un médecin ou un journaliste je pense que j’aurais un autre regard pour en venir à ta seconde question… Qu’est-ce qui différentie un médecin, d’un voyageur, d’un journaliste, d’un archéologue, d’un diplomate, d’un expatrié ?

    Pour l’archéologue la question ne se pose même pas …l’humain d’abord il reivendra sur cette zone plus tard comme le fond bcp d’antropologue, de géologue, etc les zones à étudiées sur terre ne manquent pas. La connaissance pas plus que n’importe quel endroit sur terre ne vaut la vie d’un homme. Et l’histoire leur à montrer à ces scientifiques passionnés qu’une zone ne reste jamais éternellement en conflit, la patience coûte moins chère que la mort.
    Je pense que les médecins et journalistes mettent en péril leur vie (pas seulement dans une zone d’un pays traversé lors de leur voyage autour du monde) pour sauver celle des autres. Le diplomate souvent s’y rend pour discuter …soit pour récupérer des otages, donc des vies soit pour autre chose (intéret éco etc) et là le diplomate rejoint les deux suivants :
    L’expatrié (même s’il fourni des emplois) et le voyageur qui sont là pour leur propre intérêt même s’il est parfaitement clair que la nature de leur intérêt est BIEN différente.
    Le journaliste de ces zones dangereuses met sans arrêt sa vie en danger, il connait l’histoire de la zone qu’il est en train de couvrir, (les globbetrotteurs ont ils au moins une fois lu un volume sur des conflits spécifiques présents ou passésde telle ou telle zone ? ) et ne force personne à venir avec lui, il se retrouve pour cela fort souvent otage. Ce journaliste a fait des études, a appris à écrire, a appris l’objectivité, a étudié l’histoire, s’est penché sur le problème comme le cyclotouriste espagnol j’imagine ; il rapporte les faits nous les traitons , jamais il ne se permettera d’émettre un jugement sur ce voyageur espagnol ni des questions d’ordre socio philosophique sur le voyage. Nous développons notre sens critique face à un « fait » dont le journaliste fait état, en aucun cas il ne doit influencer notre réfléxion. »des soldats israeliens ont tiré sur des palestiniens qui se rendaient vers un hopital en vue d’un acoouchement » à nous d’émettre une pensée quelque soit elle.
    En aucun cas les bloggeurs voyageurs ne remplaceront les journalistes, dont le métier est bien loin de ce que peuvent dire les textes écrits des sites tourdumondistes dont le voyage n’aura jamais pour seul but d’informer.
    Après je suis d’accord que c’est bien d’avoir diverses sources, des informations supplémentaires qui viennent corrélées ou non celle des journalistes qui pour certains trahissent la vérité des faits et ne sont que mensonge comme ce fut le cas pour la l’Egypte (vous même devaient regorger d’exemple de manipulation médiatique).

    N’y a-t-il pas assez de littérature journalistique au sujet du Balouchistan ? Non ? Bah ok moi non plus je ne fais plus confiance à zéro médias (y compris les blogs, chacun dit ce qu’il veut bien dire; sa vision des choses) donc zéro journaliste je vais aller voir par moi-même…à raison de 10 touristes par jour pour cette seule frontière je pense qu’on aura vite réglé le problème démographique en Asie (c’est marant ou pas, en lisant cette information sur ce cyclotouriste espagnol j’ai la désagréable sensation une fois de plus que certains considèrent qu’une vie occidentale vaut plus qu’une vie orientale), cela dit pour ceux qui sont plus exotique on peut aller dans certaines zones du Mali, du Zaire, de Corée du nord , de Birmanie et j’en passe. Ensuite si par chance des personnes surfant sur le net tombent sur mon blog après des recherches minutieuse ils auront le loisir d’être informés sur ces zones. C’est important l’information…….Ce touriste aurait pu informer sur les zones où les populations pakistanaises très acceuillantes et bienveillantes méritent qu’on viennent à leur rencontre puisque peu d’entre peuvent le faire, ca aurait été justice une bonne pub (accessoirement au Pakistan comme ailleurs on aimerait bien en vivre du tourisme plutôt que de ne faire que le subir).
    Non définitivement si j’étais la fille d’un de ces soldat j’aurais vraiment les boules, pas seulement pour la perte d’un être dont j’avais besoin mais pour les causes de cette perte, j’en ai rien à faire de savoir si ce cyclotouriste va bien parce que je sais qu’on ne saura jamais qu’est-ce que vont devenir femmes et enfants de ces 6 hommes, on est 7 milliards qui s’en souci ? Boris Vian se serait plu à faire une réaction en chaine de leurs destins incluant prostitution pour survivre sans l’aide et le salaire du défunt, mais je ne dresserais pas un tel tableau noir et dramatique, je rappellerai juste que nos ACTES, CHOIX ont des CONSEQUENCES (plein des fois).
    Pendant que les destins se poursuivent nous aurons le plaisir, l’honneur et l’avantage de savoir ce que pense notre cyclotouriste espagnol de la ville de Vientiane…patience …dans quelques mois !

    Le désir d’ailleurs comme vous le dite ne justifiera jamais des pertes humaines..enfin pour moi.
    « Javier a pris des risques » ? Il en a fait prendre à d’autres également pour son enquête au fin fond du Balouchistan. S’il avait écouté son bon sens il se serait dit que « qui s’y frotte s’y pique » et qu’il n’était pas tout seul dans la barque, il serait passé comme les autres par un autre chemin (il y en a tant d’autres).
    L’occidental doit de toute urgence réapprendre à faire confiance quand on lui dit bon ben là faut faire attention…quelle prétention…
    L’aventure c’est sortir de sa zone de confort pas faire sortir les autres de leur zone de confort ou de vie dans le cas présent.
    Enfin combien de reporter sont mort ou ont été détenu pour aller chercher la vérité et nous la transmettre en comparaison du nombre de voyageur mort pour nous informer ???
    Il n’y aucune comparaison à faire entre un voyageur et journaliste pas plus qu’entre ma grand mère et un pâtissier même si elle fait de bonnes tarte ; l’un a choisi un mode de vie pas des plus désagréable parfois et l’autre exerce un métier.

    Enfin « voyageur sans frontières » existe déjà merci Javier 😉

    • Merci pour cette très longue réponse. J’allais compléter la mienne, mais me reconnais complètement dans celle-ci.
      La limite est en effet pour moi la nécessité d’avoir une escorte armée. Je l’ai toujours refusé. Si on me dit que pour aller là, il faut une escorte armée, alors ma place n’y est pas et je n’y vais pas.
      Et même si un voyageur apporte des infos complémentaires et très intéressantes et fait rêver beaucoup de monde par procuration, ça reste un voyageur qui, aussi généreux qu’il soit, le fait tout de même avant tout pour lui. Je pense que tu auras du mal à trouver un voyageur qui n’aime pas (ou plus) voyager, mais qui continue à le faire pour les autres.
      Et pour moi aussi, journalistes, ONG et diplomates sont dans une catégorie clairement à part.