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Le pouvoir des rêves (2/3)

Voici la suite du témoignage de Jean-Hugues. La partie 1 est disponible ici

Le jour de mes 18 ans, je prend la décision d’aller m’inscrire à l’internat de mon école. Malheureusement, je n’ai plus que le weekend pour rouler avec mon nouveau VTT. Les chambres sont toutes occupées sauf un couloir à l’écart des autres. Deux mecs sont perdus là aussi. Ledio, un albanais, et Emile un flamand. Ils m’accueillent en me disant en arrivant que j’ai la meilleur chambre de l’école.“Tu as de la chance, tu peux capter le wifi de l’appartement d’en face ! Les ordinateurs portables sont interdits ici, mais on est tellement loin des surveillants qu’ils ne viennent jamais nous embêter.” m’expliquent-ils. Le premier soir, on commence vite à parler voyage. Je leur fais découvrir les vidéos de Solidream. On est trois collés à la fenêtre pour capter !

Dans cette pièce démarre une nouveau chapitre de ma vie. Je décide d’éradiquer au maximum les énergies négatives autour de moi. Je remets en question toutes mes fréquentations, fais attention à ma santé, m’inspire de musiques, de films plus optimistes.
Je m’engage dans différents projets de volontariat avec des personnes en situations d’handicap. Pour la première fois, je communique en anglais sur des projets d’échanges internationaux. j’entends parler d’un organisme nommé “Dynamo International”, une O.N.G. qui a pour but la coopération au développement et dont une mission consiste à aider les jeunes à définir un projet qui correspond le mieux à leurs envies. On me dit d’aller les voir pour avoir un coup de pouce pour réaliser mon projet. Après avoir fixé un rendez-vous, je rencontre Sylvie. Je lui explique ma situation, mes envies de voyage, mon désir à devenir autonome. Il paraît qu’on peut voyager sans argent me dit-elle. Selon mon profil, elle m’explique qu’un projet de service volontaire européen serait idéal pour moi. Aucune compétence n’est requise. Mon projet sera financé par l’état pendant un an, mais seulement s’ils acceptent ma lettre de motivation écrite en anglais. C’est du travail à faire en plus de mes études, mais je suis prêt à tenter ma chance.

En septembre 2013, huit mois après mon premier rendez-vous chez Dynamo et 75 candidatures envoyées à travers le monde, je prends pour la première fois l’avion et me retrouve en Bulgarie avec l’équivalent du BAC et un diplôme d’éducateur en poche. Yeah ! Je vais habiter en collocation dans un appart de Varna, sur la côte de la Mer Noire. Le quartier est assez pauvre, il y a un grand bidonville à 300 mètres. C’est des gipsies me dit-on avec mépris. Je vois tous les jours des enfants retourner les déchets et recevoir des sacs d’ordures sur la tête. Le centre fermé où je suis volontaire à mi-temps se situe dans ce quartier, il prend en charge des femmes et des enfants victimes de violences et de trafics humains. Mon rôle est de stimuler les bénéficiaires avec des activités sportives, créatives et d’éducation à la santé. Les enfants m’apprennent le bulgare, il m’appelle “Brat” et je suis touché lorsque je comprends que cela veut dire “grand frère”.

Durant un an, je vis mes premières aventures avec mon sac à dos et aiguise ma débrouillardise. Je commence à explorer les montagnes des alentours, me déplace en auto-stop et traverse seul les frontières. Entre la Turquie et la Bulgarie, je découvre de mes propres yeux la situation précaire de nombreuses familles syriennes vivant dans des tentes et conteneurs. Mon passage dans ce camp en hiver marque à vie mon jeune esprit.

Septembre 2014, les Balkans m’ont enseigné ce qu’est l’hospitalité et la générosité, je n’ai plus peur des inconnus. Mon projet est terminé, je me donne un mois pour rentrer en Belgique en auto-stop. Je commence à développer une passion pour la capture d’images et me forme de plus en plus de manière autodidacte. J’hésite à commencer des études en réalisation audiovisuelle, mais je n’ose pas m’engager à Bruxelles dans des études pour 7 ans. Étant au chômage, j’essaye de postuler en tant qu’éducateur pour travailler dans des centres d’accueil pour personnes réfugiées. On me refuse partout car je suis trop jeune. Je tombe alors sur une offre d’emploi en Espagne, un job d’animateur dans un hôtel… J’accepte rapidement car ça paye bien et une saison suffirait à me faire de bonnes économies. Avec un pote, on parle de partir bientôt pour un tour du monde à vélo !

En janvier 2015, avant de partir en Espagne, je vois en dernière minutes que Solidream projette dans un festival à Paris et me décide à les rencontrer enfin ! Après le festival, ils m’invitent à les rejoindre pour aller boire un verre. C’est à ce moment-là que je commence à découvrir les différentes personnalités du groupe et me détache de l’image que je m’étais fait d’eux inconsciemment à travers l’écran. En fait, je les ai tellement idéalisés comme des “Aventuriers”, que j’en ai oublié qu’ils pouvaient être “comme tout le monde”. Ils me font alors une piqûre de rappel à ce sujet autour d’une pinte de bière. Donc ces gars là, finalement, m’inspirent alors pour ce qu’ils ont “fait”? Et non par ce qui ils “sont”? Siphay confirme l’idée en me disant “Tu sais, on est comme tout le monde mec ! On n’est pas nés avec le pouvoir d’être extraordinaire. On a tous un parcours de vie avec des peurs et toutes sortes de galères. L’argent, la santé, les nanas… Bref, la vie en général quoi ! D’ailleurs, en parlant de nanas, tu vas découvrir que l’amour, c’est LE talon d’achille de tous les voyageurs !! “ Sur ces dernières paroles, on se fait une dernière accolade avant de se dire au revoir avec la promesse de se revoir un jour à Montpellier.

Juillet 2015, j’ai pris le départ de mon premier voyage à vélo sous le soleil cuisant de l’Andalousie. Je sue de tout mon corps sous 40°. On me dit que je suis fou de vouloir pédaler sous cette chaleur, mais je n’ai pas le choix. Je pars en direction du Portugal pour trouver un peu plus de fraîcheur et de verdure. Je commence directement avec un col à 1300 m. En regardant la route défiler à côté de moi, je me dis qu’à pied, j’irais encore plus vite. Qu’est ce qui m’a pris de passer par ici pour débuter mon voyage ? Pourquoi je n’ai pas longé simplement les hôtels sur la plage ? Qu’est ce que je pourrais balancer pour être plus léger ? Un sac de fruits secs et où des caleçons? Je n’ai pas encore le temps de me plaindre qu’une voiture de police arrive à côté de moi et me fait signe de m’arrêter. Ah bravo ! Me voilà arrêté par les flics après seulement 8 km!

“- Abla espagnol?
– No, english.
– This is no good ! No bicycle here ! No permission! ”

OK, je vois. J’avoue que vouloir faire mes premiers kilomètres sur une autoroute n’était peut-être pas une bonne idée. Il n’y a presque pas de circulation ici, j’ai largement de la place pour rouler. Sur la carte, je ne vois pas d’autres routes pour quitter la côte.

“- Give me your passport. Where are you going?
– I’m going to Belgium.
– What Bélgicaaaa? You are crazy ! This is not good direction for Bélgica.
– I know. I’m going first to Portugal and after to Belgium.
– Portugal? It’s very hot! Why ?? This is dangerous! Why bicycle? Why not car? »

Pourquoi je n’ai pas de voiture? C’est une longue histoire Monsieur l’agent ! Désolé de rouler sur l’autoroute, je ne sais pas vraiment où je vais. Vous savez quoi? Je suis parti sur un coup de tête. J’ai travaillé 3 mois dans un hôtel, là en bas, et le directeur n’était pas foutu de me payer ! Finalement, il m’a viré le salopard ! Heureusement, quitte à être dans la rue, autant l’être avec toute ses affaires sur un vélo non? C’est un bon pote qui est venu m’apporter mon vélo pour me sortir de cette galère.

J’aurai bien aimé lui répondre ça, mais à la place je lui ai dit: “Cycling is better than driving.”

Ma première journée fut éprouvante, j’ai les jambes courbaturées. Au total : 65 km parcourus sous une chaleur étouffante pour ma première journée. J’ai découvert que mon corps pouvait absorber 8 L d’eau ! Quand je pense que j’ai environ 5 000 km à rouler pour rentrer chez moi… C’est dingue, je vais me déplacer jusque-là uniquement en faisant tourner mon pédalier.

Septembre 2015, cela fait 2 mois que je suis sur la route. Je suis arrivé en France après 3 500 km. J’ai commencé par le Portugal du sud au nord. Une fois à Santiago, j’ai roulé dans les Pyrénées pour arriver de l’autre côté au bord du canal du Midi que j’ai suivi jusqu’au Grau-Du-Roi, c’est ici que se trouve le QG de Solidream. Ils viennent de rentrer de leur expédition dans le Pamir. Siphay m’héberge sur son bateau quelques jours, Morgan est en train de travailler sur la construction du sien. Il me fait visiter le chantier, ça fait rêver !
En parlant de bricolage, je lui montre l’état de mon vélo… Mes pneus sont usés jusqu’à la limite. Mon porte bagage arrière est cassé. En bougeant, il me casse aussi des rayons dans la roue. Sans hésiter, il va dans son garage et revient avec le porte bagage en acier avec lequel il a fait le tour du monde. “Tiens, c’est pour toi. Ca me fait plaisir de savoir qu’il continue de voyager avec toi.“. Waw, ça me fait bizarre de l’avoir sur mon vélo… J’accepte la mission de le faire voyager !

En parlant voyage, je partage avec l’équipe quelques réflexions que j’ai eu sur ma route. Après cette première expérience, je ne rêve plus de partir pour un “tour du monde”. Enfin, si je le fais, je réalise que j’aurais besoin d’un minimum de 10 ans pour le faire ! J’adore prendre mon temps. J’aime profiter de mes haltes autant que de pédaler. Si je trouve un bivouac magnifique et que l’envie me prend de rester, je veux pouvoir le faire sans regarder le temps. Ce qui me dérange aussi en planifiant mon voyage, c’est que j’ai l’impression de passer à côté de belles expériences, d’opportunités. Au Portugal, un berger et apiculteur bio m’a proposé de rester vivre chez lui pour apprendre à faire du miel et faire du fromage de chèvre. Dans les Pyrénées, j’ai été abordé par un homme qui observait les rapaces dans le ciel. Il m’a dit que si j’étais intéressé, je pouvais rester comme volontaire dans le parc national pour faire du recensement avec lui. A chaque fois, j’ai été tiraillé par l’envie de rester ou de continuer et je ne peux pas m’imaginer vivre ça tout autour du monde. Dans le futur, je ne veux plus rouler d’un point A à un point B. J’aime l’idée d’avoir le temps d’explorer une région profondément plutôt que de suivre un trait continu qui m’oblige à rouler sur l’asphalte en respectant les visas et les bonnes saisons. Après cette révélation, je peux méditer sur mon prochain départ.

Fin du chapitre 2/3


La suite de l’histoire de Jean-Hugues dans un prochain article très prochainement. Vous découvrirez le récit de son aventure dans les Balkans et ses premiers pas dans le monde la réalisation.

Voici la bande annonce de son film et le lien vers son DVD ici