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Le rêve, encore

Il nous a été permis de rêver, et grand. D’imaginer quelque chose qui nous dépasse mais d’y aspirer quand même. Qu’est-ce donc que le rêve sinon la mise de côté d’a priori néfastes, la projection mentale d’une envie, d’une pulsion, loin des contraintes, des règles et des a priori ? C’est peut-être la forme de liberté la plus simple et il ne coûte rien, c’est probablement l’acte gratuit le plus précieux de l’existence. L’expression ne dit-elle pas caresser un rêve ? Et puis, en mettant une forme sur un désir, on s’affirme dans la folie d’une irrationalité. C’est un acte souvent inconscient, certes, mais qui est le fruit de nos aspirations profondes. Il permet de s’adresser aux obligations de la vie, de les considérer, les toiser, s’en approcher avec un regard féroce et les interpeller : « qui êtes-vous vraiment ? Quel est votre vrai nom ? D’où venez-vous ? Comment savoir si vous n’êtes pas des imposteurs qui prennent la place des vraies nécessités de la vie ? » Alors on se permet de laisser la réponse en suspens et on cherche le chemin pour la trouver. Et, parfois, vient l’audace du premier pas et la décision d’un accomplissement à venir. Le moteur se met en marche. Déjà, l’élan a changé de nom et ne s’appelle plus « rêve » mais « idée » ou « projet » peut-être ?

Doit-on, peut-on se passer de rêver ? Est-ce parce que l’accomplissement a été réalisé une fois que l’on doit considérer que sa quote-part est atteinte ? S’il est bien une chose de caractéristique du rêve, c’est qu’il ne meurt pas. Il est déjà arrivé que, pris dans les tourments de la vie, on se lamente à « ne plus rêver » ou « ne plus avoir de rêves ». Mais celui-ci est toujours en veille, jamais éteint. Tiens, à taper cette phrase, il vient une curiosité : qu’entre le voir « éteint » ou « étreint » diffère seulement le « r » de la rage, celle de vaincre ses propres pesanteurs et de porter une vision en acte. L’avantage est que, lorsqu’on s’est fait violence pour arriver à ses fins une fois, on ne voit pas la douleur de la même manière. Car il y a de ces efforts justes qui font parler la force de vie qui nous anime, qui feront d’une fatigue une chance et du sommeil une jouissance. Plus haut nous irons sur les montagnes, plus ses cimes nous porteront. Plus loin nous irons sur l’océan, plus ses vents nous entraînerons. Plus profond nous iront au cœur de la forêt, plus sereinement ses arbres nous accompagnerons.  

Le rêve ne s’épuise pas, il est programmé en nous. Accompli une fois, il appelle une nouvelle nuit qui fera naître d’autres songes. Mais il faut lui laisser de la place et de l’importance. Et il se nourrit de nos choix de vie. Il nous appartient de nous réveiller en nous levant, d’écouter et ne pas faire qu’entendre, de regarder et ne pas faire que voir, de s’intéresser et ne pas faire que subir. Car à trop dormir, l’inconscient s’embourbe dans ses limbes et de nos visions n’éclosent que la poussière des tracas.

Rêvons encore, ne serait-ce parce que nos corps nous le demandent.