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Nouvelle-Zélande, l’appel de la rivière

Après plus de 30 000km à travers l’Afrique, jusqu’en Antarctique et tout au long des Amériques, nous voici à la conquête d’un nouveau continent, l’Océanie. Pour cela nous nous fixons un nouveau challenge : trouver une rivière où les rapides sont suffisamment intéressants pour les descendre en body board… Notre quête va nous mener vers de belles rencontres et anecdotes croustillantes. Ce n’est pas la destination qui compte mais bel et bien le chemin…

Un objectif, un fil rouge

Morgan raconte : « Tandis que nous naviguions sur le Yukon à bord de notre radeau en bois, je proposais aux gars de descendre des rivières en bodyboard lors de notre étape néo-zélandaise. Et comme bien souvent, lorsque toute l’équipe est motivée, nos idées, aussi farfelues soient-elles, se concrétisent. »

C’est à Auckland que, mi-août, nous nous retrouvons tous les 4 réunis. Etienne, deux mois après sa chute, sa fracture de la clavicule et son opération en France est de nouveau prêt pour de nouvelles aventures.

Le proverbe nordiste : « Le soleil qu’ils n’ont pas dans leur ciel ils l’ont dans le coeur » semble trouver tout son sens ici. Marion et John, des amis de la famille de Morgan, ne pouvant pas tous nous loger ont fait appel à leurs amis et ils ont tous répondu présent. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés, pour notre arrivée à Auckland, chacun dans une famille différente, la première fois après deux ans de voyage. Brian chez Libby & Graham, Etienne avec Jackie & John tandis que Siphay loge chez Mary Anne & Chris.

Avant de reprendre la route à vélo nous partons, entre deux averses, découvrir la nature atypique et luxuriante* du pays au travers de randonnées assez intenses. Ici, environ 80% de la flore du pays est endémique aux deux îles qui le constituent.

*(La Nouvelle Zélande ne fut découverte que relativement tard, par les Maoris vers 1300 et par les occidentaux par Abel Tasman en 1642).

Brian explique : « Explorer la forêt native, ça donne l’impression d’entrer dans un nouveau monde. Tous ces nouveaux arbres, plantes et oiseaux m’ont fasciné. D’entrée, j’ai été surpris par la nouveauté de cette île à part du reste du monde. L’ambiance sonore me donnait l’impression de revivre un peu l’Amazonie, les petites bêtes dangereuses en moins. Marcher dans la forêt primaire a été pour moi une des expériences les plus captivantes au pays des kiwis. J’ai vraiment ressenti la sensation de découverte qui fait un des intérêts de cette aventure autour du monde. »

Après cette petite escapade nous continuons nos recherches : combinaisons, planches de bodyboard, casques, gilets de sauvetages… Au bout de quelques jours notre réseau s’agrandit et certaines personnes souhaitent nous aider de tout coeur. John, Shaun et William nous prêtent leur combinaison de surf tandis que John et Jackie nous proposent de prendre leur voiture et d’aller chercher 4 bodyboard rangés dans leur maison de vacances… En parallèle nous accumulons les informations et conseils pour choisir LA rivière répondant à nos attentes. A l’unanimité nous élisons la Tongariro River en laissant place à une autre rivière si l’opportunité se présente.

Juste avant de quitter Auckland nous rencontrons Val et Richard, deux retraités extrêmement dynamiques et sympathiques. Amateurs de kayak et fins connaisseurs des rivières, ils nous invitent à aller leur rendre visite dans leur maison à Te Puke, 240km plus loin, où ils pourront nous donner les derniers conseils ainsi que nous prêter casques et gilets de sauvetages !

Le 27 août nous quittons Auckland avec les body boards chargés sur nos vélos et les regards intrigués des passants…

Val et Richard, le plaisir de partager

Chez Val et Richard

Chez Val et Richard

C’est ainsi que nous traçons notre route en Nouvelle Zélande : au jour le jour, selon les opportunités et rencontres que nous faisons. Aussi, en évitant les grands axes pour ne pas rencontrer la police et l’amende qui pourrait suivre… le port du casque est obligatoire ici ! Nous nous faisons tout de même  arrêter 3 ou 4 fois mais évitons à chaque fois le ticket.

Après nos 3 premiers jours de vélo nous faisons une halte dans la capitale mondiale du kiwi, Te Puke, chez Val et Richard. Pendant 3 jours, en échange du gîte et du couvert, nous faisons quelques travaux à la ferme et en apprenons un peu plus sur la faisabilité de notre projet.  Nous coupons et ramassons du bois pour le feu avec Richard tandis que Val nous prépare de succulents repas. Nous profitons également de ces moments d’allégresse pour fêter les deux ans de Solidream sur la route avec une coupe de champagne gracieusement offerte, le 29 Août 2012 ! Ne perdant pas de vue notre souhait de descendre cette rivière, nous devons reprendre la route, même si nous aurions tous aimé rester d’avantage de temps avec ce couple si attachant.

Avant de partir Val nous a dit : « Vous êtes des hôtes très agréables car on peut voir à quel point vous appréciez ce que nous vous offrons. Et il semble que vous appréciez beaucoup.« 

L’appel de la rivière

Quelques jours, kilomètres , rencontres, casses, réparations et arrestations plus tard, nous voici enfin arrivés à Turangi, la ville située au bord de la Tongariro River. Nous rencontrons par hasard Andrew, un ancien guide de kayak, qui nous propose de nous emmener voir la rivière. Nous montons à bord de son 4×4 et partons jusqu’au lieu-dit « Blue Pool ». De là il nous explique que nous pouvons descendre en aval de ce point mais qu’en amont ce serait trop dangereux… nous l’écoutons attentivement mais savons tous ce que chacun pense au fond de lui : c’est en amont que nous voulons tous aller.

Etienne sur la Tongariro River

Etienne sur la Tongariro River

Le lendemain, pressés par l’excitation de dompter ces rapides mais aussi craintifs et prudents face à ce milieu que nous connaissons mal, nous remontons la rivière sur plusieurs kilomètres en amont de « Blue Pool » pour repérer les éventuels pièges à éviter lors de notre descente. Une fois que le chemin disparaît et que nous ne pouvons plus remonter le courant à pied nous nous empressons d’enfiler nos équipements et nous jetons dans une eau entre 3 et 5 degrés. Caméra dans une main, bodyboard dans l’autre, nous dévalons les rapides et emmagasinons un maximum d’adrénaline. L’excitation nous fait vite oublier le froid et les chocs que nous infligent les rochers. Nous passons toute la journée à descendre les rapides, jusqu’à ce que nous arrivions à « Blue Pool ». Ensuite les eaux sont trop calmes et nous ne trouvons pas d’intérêts à continuer par la rivière. Nous renfilons nos habits rangés dans nos sacs à dos étanches et rejoignons la route pour rentrer en auto-stop jusque Turangi où Johanna, notre hôte, garde nos vélos dans son garage.

Morgan : « Avant chaque portion que nous jugeons un peu risquée nous sortons de l’eau et allons observer les rapides pour trouver la meilleure trajectoire à prendre. Tandis que nous discutons de comment éviter tel rocher ou tel courant traître, je réalise que je prend autant de plaisir à réfléchir et préparer nos challenges qu’à les vivre. »

Cette journée restera gravée dans nos mémoires à jamais. Les quelques moniteurs de rafting que nous avons croisé ce jour là n’en revenaient pas de voir 4 « crazy French » dévaler la rivière sur leur pauvre planche en polystyrène.

Notre objectif atteint, nous reprenons la route vers Auckland et privilégions les petites routes de campagne. Ainsi, nous empruntons des chemins forestiers privés où les panneaux affichent « permis obligatoire pour circuler ici». Peu importe, nous continuons notre route sous la pluie et dans la boue, un peu frustrés par toutes ces lois, obligations et interdictions. Les quelques chauffeurs routiers que nous croisons sont très aimables avec nous, de même qu’un policier à notre recherche, qui s’assure que tout va bien pour nous et nous aide même à trouver un endroit sûr pour la nuit. Nous apprendrons plus tard que nous avons pénétré la zone d’une tribu Maori proclamée indépendante par le gouvernement néo-zélandais. En effet, la tribu TUHOE redoutable et excellant dans l’art de la guerre, n’a jamais perdu une bataille face aux occidentaux !

De la production à la distribution

Après être repassés à Te Puke pour rendre les affaires de kayak à Val et Richard, nous reprenons la route vers Auckland et faisons un tour par la case « réparation ». Tour à tour les chaînes, plateaux et pignons de Brian et Morgan ont rendu l’âme à force d’usure. Les choses n’arrivant jamais par hasard, nous croisons le chemin de ceux qui rendent notre aventure aussi riche.

Ralentis par les problèmes mécaniques, nous faisons un petite halte devant une ferme non loin de la ville de Matamata.

Siphay raconte : « Alors que nous déjeunions sur le bord d’une route ensoleillée, Simon se présente à nous. Étant à l’entrée de ses terres, il nous propose très rapidement de laisser nos vélos chez lui afin de nous faire découvrir son exploitation laitière. Venant de finir les glaces qu’il nous avait gentiment offertes et un jus de framboise 100% naturel, j’étais plus qu’enthousiaste à l’idée de découvrir sa ferme ! Il nous explique tour à tour dans son tracteur les techniques pour nourrir son bétail afin de produire un meilleur lait. Puis il nous amène jeter un oeil sur son « tourniquet » à traire les vaches. Une première pour ma part, j’ai vraiment été surpris par sa rapidité et son efficacité. 

Après s’être fait à l’odeur, sa soeur en plein travail nous propose de l’aider à l’installation des machines récupérant le lait au pis des bêtes. J’ai beaucoup rigolé, à voir les copains si maladroits sous les éclaboussures de bouses. Sa journée terminée, il nous conduit à un magasin de vélos pour nos problèmes mécaniques. S’en suit un succulent repas ainsi que la proposition d’un toit pour la nuit ! […]. »

Le lendemain, alors que nous nous apprêtons à faire le plein de provisions pour la journée, un homme un peu amusé de voir 4 français discuter sur le parking du supermarché vient à notre rencontre. Après 2 à 3 minutes à discuter, ce dernier nous offre un café à chacun, puis s’empresse de contacter par téléphone une amie à lui, fasciné qu’il est par notre voyage. L’amie en question se trouve être une journaliste. Nous faisons donc une petite interview et posons pour une photo du journal local. Bref ! nous n’avions toujours pas fait nos achats.

Etienne explique : « Pendant que je gardais les vélos avec Morgan sur le parking du supermarché, je vois Siphay et Brian revenir avec un sac de provisions et surtout un gros sourire sur leurs visage… Ils nous expliquent qu’en fait le gars qui venait de nous payer des cafés 5 minutes auparavant n’est autre que le propriétaire du supermarché et qu’il a donné l’ordre aux caissières de nous offrir nos achats. Je crois que les kiwis méritent bien la palme de la générosité !!! « 

Un grand merci au magasin New World de Matamata.

Morgan :  » Après deux années je suis toujours aussi surpris par la générosité des gens et une fois de plus nous avons atteint notre objectif grâce aux rencontres que nous faisons sur notre route. Ce sont eux qui font de nos rêves une réalité. »

Nous voici désormais prêts pour l’Australie, où là aussi de nombreux défis et rencontres nous attendent.

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