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Partage d’expérience technique sur la prise d’image de voyage – Partie 1

Lorsque nous sommes partis en août 2010 autour du monde, nous voulions, comme tout le monde, simplement ramener de belles images de notre voyage. Si les aventures, les paysages et les rencontres étaient au rendez-vous, nous aurions alors matière à publier de belles photos et, pourquoi pas, faire un film. Nous ne connaissions rien en théorie de la photo, aucun membre de l’équipe ne savait ce qu’était qu’une ouverture ou une vitesse d’obturation. Un revendeur nous avait conseillé un appareil photo avec boîtier tropicalisé, ce qui semblait effectivement une bonne idée lorsqu’on part avec l’ambition de traverser le Sahara, de manger la poussière d’Amazonie ou de subir la grêle des montagnes d’Asie Centrale. Seul Morgan connaissait des rudiments de montage vidéo. Quatre ans plus tard, nous remportions le Grand Prix du festival du film d’aventure de La Rochelle et, la semaine dernière le Grand Prix du public au festival Aventure et Découverte de Val d’Isère. Des consécrations énormes pour nous qui étions au départ des débutants soucieux de belles images. Tout ça pour dire quoi, en fait ? Et bien que cela a pris beaucoup de temps avant de prétendre faire des images de qualité. Bien sûr, cela ne fait pas tout l’intérêt d’un film et nous connaissons d’excellents films (celui-ci par exemple) pour qui la qualité d’image n’est pas le maître mot. Mais nous allons essayer de faire un retour d’expérience technique pour prendre conscience de quelques notions et réalités sous différents rapports.

Rapport Niveau / Prise en main

Photo prise discrètement avec un smartphone

Déjà, pour celui qui n’est pas prêt à prendre le temps de progresser et de tripatouiller une machine complexe, rien ne sert de se trimbaler avec tout l’attirail du photographe pro à 10 000€ (et encore, ça peut monter bien plus haut). Mieux vaut commencer par un modèle compact « point & shoot » abordable, sans prise de tête, qui fera 80% du travail d’un Réflex expert et qui vous demandera simplement de savoir appuyer sur un bouton (et d’avoir l’œil aussi, cela va de soi). D’ailleurs, nous avons toujours un compact pour répondre à l’« urgence » d’une situation photographique ou filmique  : un animal qui est en train de traverser et qui prend la fuite, prendre une photo sur le vélo, être discret dans la prise de vue ou bien avoir un objet relativement performant qui n’ait pas l’air de valoir trop d’argent. De notre opinion, rien ne remplacera un tel modèle. Aujourd’hui, même un bon capteur de smartphone ferait l’affaire pour ces situations.
Attention aussi au marketing. Il reste par exemple très compliqué de faire un film « propre », autre qu’un clip en musique, avec une seule GoPro. C’est certes un excellent investissement, mais le son est très souvent inexploitable par exemple. Mieux vaut partir avec une caméra de poing performante augmentée d’un micro stéréo correct si l’idée est de faire un vrai film. Notre Canon Legria HFS 21 (1200€ à l’achat en 2010) compose de 60 à 70% des plans de notre film, cela peut largement suffire.

Ensuite, bien sûr, on voit les limitations de telles machines qui restent bridées pour des situations où l’on a le temps de se poser et capturer exactement l’image que l’on a en vision et travailler sur les effets ou les couleurs. Là, on commence à désirer du matériel plus sophistiqué, mais aussi plus onéreux et plus compliqué à dompter sans connaître un minimum de théorie. Un Réflex à 2000€ avec un réglage automatique produira d’aussi bonnes images (voire moins bonnes selon les cas) qu’un bon compact. Le prix d’un Réflex est d’abord la liberté qu’il offre, pas tellement sa qualité par défaut.

Rapport Encombrement / Qualité

Au départ de notre voyage autour du monde, nous avions un optique Tamron 18-200 mm « passe-partout » car il couvre une gamme optique très large. Pour des contraintes d’encombrement, à vélo ça compte pas mal. Il était adapté à notre niveau débutant mais lorsqu’on veut absolument augmenter en qualité, cela devient vite un « passe nulle-part ». Erick Jarvis, un photographe professionnel rencontré à Lake Tahoe aux USA, appelle allègrement ce type d’objectifs a piece of shit (on se passera de traduction) ! Entre temps, nous avions découvert la focale fixe et la qualité d’image qui va avec. Souvent, on peut en trouver de peu encombrantes à la qualité optique remarquable. À titre d’exemple, la majorité de nos photos de la fin du voyage ont été prises avec deux objectifs seulement : un 15 mm et un 50 mm. Ces deux petits « pancakes » et le boîtier tenaient dans une sacoche de guidon de vélo. Qui plus est, le rapport qualité/prix est souvent excellent.

Pentax DA 15 mm F4

Pentax DA 15 mm F4

Le 15 mm est franchement utile pour des photos d’intérieur où la pièce est étroite. Par ailleurs, rares sont les zooms qui ont une focale si courte avec la même qualité sans coûter un bras. Il filme également très bien les interviews rapprochés ou de soi-même car un angle aussi grand assure une certaine stabilité de l’image, ce qui autorise à filmer relativement stabilisé sans utiliser le trépied (rappelons que quasiment aucun Réflex sur le marché n’est à ce jour décemment stabilisé). Le bémol : il ne laisse pas entrer tant de lumière que ça et déforme un peu l’image (logique pour un aussi grand angle).

Le 15 mm grand angle permet de capturer, même dans une scène relativement obscure, l'ambiance d'un repas à l'intérieur d'une petite cahute.

Le 15 mm grand angle permet de capturer, même dans une scène relativement obscure, l’ambiance d’un repas à l’intérieur d’une petite cahute.

Pentax FA 50mm 1.4

Pentax FA 50mm 1.4

Notre 50 mm, quant à lui, ouvre beaucoup (jusqu’à F1.4) et sa qualité optique est indéniable. En particulier, sa transmittance élevée laisse perdre peu de lumière à travers les éléments de l’objectif. Il autorise à shooter à une vitesse très rapide et donc de s’assurer une netteté irréprochable. Pour le film, il permet de réaliser des effets de profondeur de champ intéressants. D’une manière générale, les couleurs sont plus vives et le piqué largement amélioré par rapport à notre optique de départ de voyage. Le bémol : difficile de filmer stable sans trépied et le champ est un peu étroit.

Il n’y a pas de formule magique, chacun sa préférence. Idéalement, un 35 mm et un 85 mm viendraient compléter notre gamme existante. Le 35mm permettrait de faire à la fois du paysage avec une meilleure qualité optique que le 15 mm et ne pas avoir un champ aussi resserré que le 50 mm. Une optique de 85mm permet le portrait d’un peu plus loin que le 50mm et offre un début d’équivalence à un optique télé-photo. En parlant de ça, nous avions avec nous pendant le tour du monde un gros zoom 70-200 mm car être en équipe permet de mutualiser et de s’autoriser à prendre plus, mais cela compose peut-être 10% de nos images seulement. Donc avec relativement peu d’argent et d’espace, il est possible d’avoir de la qualité sur la majorité des types de photos et plans vidéo. Pour choisir, nous consultons la base de données DxOMark, qui teste et classe les optiques de manière très stricte et (en théorie) impartiale. Notre site de test de matériel préféré reste DPreview pour l’effort fait à noter tous les critères.

Avec un optique qui "ouvre" beaucoup, il est possible de mettre un bel effet de profondeur de champ et de donner plus d'importance à l'image au sujet choisi.

Avec un optique qui « ouvre » beaucoup, il est possible de mettre un bel effet de profondeur de champ et de donner plus d’importance au sujet choisi. Pour le film, cela permet de créer un mouvement entre premier plan et arrière-plan.

Dans la partie 2, nous nous intéresserons à une partie importante qu’est le budget. Nous proposerons quelques critères de choix et viendront avec quelques propositions pour s’équiper en fonction d’un budget donné.