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L'Outback vu d'en haut

L’expérience Outback, quand l’eau vaut de l’or

Il y a quelques temps de cela, un jeune homme de 25 ans conduisait sa voiture sur l’Oodnadatta Track et tombait en panne à 16km de la prochaine communauté où il pourrait trouver des hommes et de l’eau. Il décide de partir à pied en pleine chaleur et sans eau pour trouver de l’aide. Il sera retrouvé mort à seulement 8km de son véhicule, desséché par le climat extrême que l’on trouve dans cette région.

Nous savons donc à quoi nous attendre pour les 700km que nous prévoyons de faire sur cette piste.

Notre itinéraire dans l'Outback

Notre itinéraire dans l’Outback

Les derniers préparatifs

A Adélaïde nous campons dans le jardin de Paul, Clare, Bryce et Tom et profitons de ces quelques jours pour remettre nos vélos en état pour le prochain challenge où, chaque problème technique peut potentiellement nous mettre dans une position délicate, voire dangereuse. Brian change sa jante arrière sévèrement abîmée et répare son porte-bagage arrière cassé tandis que Siphay, Etienne et Morgan remettent à neuf tout leur kit chaîne (chaîne, pignon, plateau et tendeur de chaîne).

Le 9 novembre nous quittons la ville et partons en direction de l’Outback. Sur le chemin, nous faisons nos premiers essais avec nos kites et comprenons rapidement les premières difficultés : il nous faut un vent parfaitement bien orienté pour pouvoir tenir le bon cap sur la route.

Notre stratégie pour réussir

Après une journée de 200km, nous arrivons à Roxby Downs qui marque nos derniers kilomètres sur l’asphalte avant un moment. Hébergés chez Cathy, que nous avions rencontré dans la ville de Port Augusta lorsque Siphay faisait ressouder sa selle cassée, nous mettons au point notre stratégie pour réussir notre étape dans le sable, les cailloux, la terre et sous une chaleur peu ordinaire.

Le prochain point où nous pouvons nous ravitailler en eau est à 200km de là. C’est globalement la distance qu’il y a entre chaque point d’eau sur les 700 km de piste. Aussi, nous nous renseignons sur la météo pour partir avec un vent favorable. Enfin, avec 10 litres d’eau par personne et notre dîner de pâtes déjà cuisiné pour économiser de l’eau et du temps, nous choisissons de partir en fin d’après midi, de rouler jusque tard dans la nuit, dormir 4 ou 5 heures et repartir tôt le matin. Au départ de la piste, une voiture de police apparaît : ils ne veulent pas nous voir nous aventurer sur cette piste à vélo et l’officier nous pose tout plein de questions pour voir si nous ne sommes pas des rigolos qui partent au casse-pipe. Finalement, il nous laisse partir en nous faisant mettre nos casques… Et oui, Siphay, Etienne et Morgan n’ayant pas de casques ce sont fait accompagner, quelques jours avant, jusque dans le magasin de vélo pour acheter des casques.

Etienne donne son ressenti : « Conscient du danger que représentent les énormes températures et le manque d’eau de la région, je suis quelques peu inquiet en préparant cette étape nous menant jusqu’au nord. Les locaux nous affirment que les dernières pluies remontent au mois de février dernier et que, là où nous allons, il n’y a rien ! Je sais que nous sommes tous physiquement prêts pour affronter autant de kilomètres, mais le fait de savoir que notre survie tient à la présence ou non d’eau dans les fameux réservoirs d’eau de pluie est un peu angoissant. Les 10L d’eau que nous transportons seront notre bien le plus précieux, après nos montures d’acier évidemment… »

Quand l’eau vaut de l’or

Nous arrivons à William Creek tard le soir et cherchons une source d’eau. Mais nous comprenons rapidement que tous les robinets desservent une eau salée et non potable. Heureusement, il nous reste suffisamment d’eau pour la nuit et nous partons nous coucher épuisés.

Vers 9h du matin, nous allons discuter avec le propriétaire du seul bar/restaurant/hôtel de cette petite communauté de 6 habitants. Il est sympathique mais se montre mal à l’aise dès lors que nous lui demandons où est-ce que nous pouvons remplir nos gourdes. Il nous affirme que la seule manière pour nous d’obtenir de l’eau potable est de lui acheter ses bouteilles d’eau minérale à $5/1,25L !!!! Il nous faudrait dépenser $170 pour faire la prochaine étape de 200km ! Hors de question pour nous. Nous attendons, cherchons une autre solution, économisons nos derniers litres d’eau que nous avons toujours en stock. Vers 13h, une rare aubaine : un mini bus de touristes arrive et Mark, le chauffeur, nous offre environ 5L d’eau potable. Nous le remercions grandement mais savons au fond de nous qu’il va être difficile à cette allure d’accumuler 40L avant la nuit pour notre départ.

La persévérance finit toujours par payer

Puis, vers 16h, une femme qui buvait des whisky-coca avec son conjoint depuis quelques heures vient nous voir et nous explique qu’elle est la propriétaire de toutes les terres qui nous entourent, Anna’s Creek, soit la plus grande exploitation de bétail du monde (c’est plus grand que l’état du Texas !), établie en 1863. Elle fait partie de l’empire de Sir Sydney Kidman, un australien richissime ayant fait fortune dans l’exploitation de bétail. Elle nous montre un vieux moulin en ruines à 3km de là et nous dit qu’il y a une réserve d’eau non loin. L’eau y est terreuse mais potable, affirme-t-elle. Nous nous réjouissons de la nouvelle, la remercions et partons rapidement remplir nos dizaines de gourdes.

Après coup, nous pensons que le propriétaire du restaurant n’avait pas le droit de révéler la présence de cette source d’eau car celle-ci était sur un terrain privé qui ne lui appartient pas. Nous ne lui en voulons pas mais ce manque de solidarité dans un milieu aussi hostile a fait changer nos plans.

Sortie anticipée de l’Oodnadatta Track

Exténués sur la piste

Exténués sur la piste

Si nous continuons sur le track, nous aurons le même problème à Oodnadatta, le mini village suivant, et cela nous ennuie profondément de perdre du temps à rechercher les sources d’eau secrètes. Donc nous décidons de prendre un autre chemin, vers Coober Pedy, pour retourner sur la route principale vers le nord. La ville se situe à 170km de piste plus loin à l’Ouest. Mais une nouvelle inquiétude s’empare de nous : un vent fort souffle du nord et ramène un amas de nuages menaçants. S’il pleut alors que nous sommes sur la piste, nous aurons de gros ennuis. En effet, nous avons appris que la piste peut mettre plusieurs jours  (voire semaines) à sécher s’il pleut, contrairement à ce que nous aurions imaginé. Le terrain désertique absorbe très peu l’eau. Nous resterions alors plantés au milieu de l’Outback, livrés à nous-mêmes, car il est impossible d’avancer en vélo dans la boue collante qui en résulterait. En même temps, pas moyen pour nous de rester coincés à William Creek dans cet environnement hostile.

Brian livre son sentiment : « Je regarde les autres qui hésitent comme moi. Morgan le premier dit ‘Aller, on y va.’ Puis les autres, à leur tour, semblent déterminés pour avancer. Je réfléchis, me dit que ce choix peut être fatal. Je leur dis : ‘Si on se prend la flotte, nous ne pourrons pas dire que nous ne l’avons pas vue arriver.’ Seul, je n’y serai jamais allé ! Mais, en équipe, je nous sens forts et réfléchis. Nous avons l’habitude de mesurer les risques et avons toujours fonctionné de la sorte. »

Morgan fait remarquer qu’ils auraient fermé la piste s’il y avait eu un risque, comme ils le font habituellement. Il a raison. Nous voici donc sur la dernière portion de piste et le spectacle est saisissant : lorsque nous arrivons au niveau des nuages sombres, la lumière du coucher de soleil est surnaturelle et un troupeau de la station (c’est comme ça qu’on appelle ces grandes fermes en Australie) d’Anna’s Creek galope à nos côtés. De plus, la piste est correcte au début donc nous progressons bien durant les premiers 50 km. Cela nous permet de rester à la limite de l’orage, les quelques gouttes de pluie sablées nous confirment que nous frôlons les ennuis, alors nous continuons. La pluie se calme et les nuages s’en vont mais, très vite, le sable devient de plus en plus présent sur la piste et nous essuyons quelques chutes dans le noir. Nous décidons donc de monter la tente avant de nous blesser, toujours en scrutant la moindre touffe de bush qui pourrait cacher une sale bestiole. Cette journée restera mémorable dans l’aventure Solidream !

Fin de l’enfer

Lumières surnaturelles du désert

Lumières surnaturelles du désert

Levés à 4h30 au milieu de l’Outback, nous luttons dans la dernière portion de piste toujours sablonneuse et bien difficile. Au petit matin, quelques serpents qui viennent se réchauffer sur la route croisent notre chemin. Nous arrivons à Coober Pedy, vers midi, exténués après 100km et nous réjouissons de retrouver le bitume de la Stuart Highway. Morgan s’écroule pour une sieste et Brian lui emboîte le pas aussitôt.

Morgan se souvient : « Le soir je suis tellement épuisé que je m’endors sans prendre la peine de préparer mon duvet pour la seconde partie de la nuit qui est généralement assez fraîche. Mon sommeil est tellement profond que les basses températures ne me réveillent pas. Ainsi j’ai attrapé froid dans un milieu aussi chaud ! Je pars donc pour cette dernière journée de piste avec de la fièvre, des courbatures et un mal de gorge que je n’avais pas connu depuis plusieurs années. Je fais cette dernière étape de 100km réglé comme un robot. Tant que je suis sur le vélo, j’avance. Je pense aux choses et aux gens que j’aime. Avoir des pensées positives est important pour me permettre de tenir le rythme. Lorsque cette technique ne fonctionne plus j’essaie de penser à rien, de fixer un point sans penser. Mais dès que nous nous arrêtons je m’écroule. Je me reconnecte à la réalité et mon état physique reprend le dessus sur mon mental. Arrivés à Coober Pedy, je suis heureux de pouvoir compter sur les copains pour me préparer des sandwiches et me redonner quelque forces pour faire les derniers 80km de la journée. La force du collectif fait encore ses preuves. »

Un peu plus tard, alors que la grosse chaleur est partie, nous repartons pour 80km supplémentaire en finissant de nuit, puis posons nos tentes sur une aire de repos. Le gros rythme a repris, nous avons fait 1190km en une semaine depuis Adélaïde, dont 440km de piste très difficile au lieu de 700km prévus. Mais nous sommes plutôt satisfaits du chemin accompli et de l’expérience Outback que l’Oodnadatta Track nous a offert. Nous avons eu ce que nous sommes venus chercher.

Du kite-bike sur les pistes du désertSiphay revit les moments forts : « Cette semaine était une de mes plus difficiles depuis ces 27 mois ! Malgré les crèmes solaires et couvre-chefs, le soleil nous a tous atteints. Mes lèvres sont complètement ouvertes et il m’est douloureux d’ouvrir la bouche pour les premières bouchées du repas. Je dois me vêtir du matin au soir de mon chèche saharien. Dimanche, le moral est bas quand je vois le vent de face. Nous peinons à parcourir les 70 km pour la pause déjeuner. Pour avancer, je ne cesse de fantasmer sur cet arrêt à l’ombre. Une fois sur place ma selle, là où je passe la majeure partie de mes journées, rompt. Chose improbable, le garagiste traîne dans son atelier, et me ressoude le tout sur le dos d’une plaque d’immatriculation. Quelques dizaines de kilomètres aurons suffit pour la casser de nouveau. Il me faut parcourir 170 km très inconfortable où je glisse de droite à gauche en forçant pour suivre le groupe. L’espoir de trouver un soudeur rapidement me permet de m’accrocher aux autres[…] Coup de chance, la soudure a l’air mieux. En prévention, je préfère opter pour une selle premier prix de rechange pour attaquer la piste. L’étape est aujourd’hui passée, Morgan n’est pas beaucoup mieux et sous médicaments, Brian a l’air fatigué, Etienne a tout le temps faim, et mon postérieur est engourdi et des débuts de cornes apparaissent »

Une déception cependant : devant le nombre de contraintes que nous imposaient la piste, l’eau et la chaleur, nous n’avons pu tenter la pratique du kite-bike qu’une seule fois, sans réel succès car le vent était trop faible. Nous gardons bon espoir pour la suite de pouvoir trouver un endroit propice à notre nouveau challenge : du kite-bike dans l’Outback.