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Xinjiang, l’autre Chine, jusqu’au Kazakhstan

Quand on s’imagine la Chine avec l’image commune qu’on en a chez nous, on pense au cliché du faciès asiatique aux yeux bridés, la nourriture forcément à base de riz ou de nouilles, des villes immenses, l’alphabet chinois… Et pourtant, le contraste est saisissant à notre sortie du tarmac à l’aéroport d’Urumqi, où nous n’avions pas d’autres choix que de venir en avion.

Ouïghours. Ouï…quoi ?Tuyoq, village du désert de Taklamakan

Brian : « Avant de  rejoindre la team au Chili pour l’aventure Solidream il y a deux ans, j’habitais à Casablanca au Maroc. J’y avais pris mes habitudes de me régaler de brochettes grillées avec un morceau de pain marocain après mes sessions de surf le week-end. Quand on est arrivés à Urumqi en venant à vélo de l’aéroport, j’ai retrouvé de vieilles similarités : brochettes d’agneau succulentes, naans (une sorte de pain), l’arabe, les kufis (chapeau de prière musulman), les femmes voilées, les mosquées… Je pouvais dire bonjour en disant ‘Salam haleikoum’. Et cette sorte de familiarité m’a mis à l’aise d’une certaine manière. Pourtant, nous étions si loin du Maroc. J’ai réalisé à cet instant à quel point le monde arabophone et musulman est étendu dans le monde. »

En ayant évité 3000 km à vélo en prenant l’avion, nous prenons, sans le réaliser vraiment, un bon choc culturel. Un peu comme quand nous passons certaines frontières. La Chine est un pays immense composé de cultures diverses et ici, dans la province du Xinjiang, nous sommes dans une région autonome au même titre que le Tibet. Si l’influence de Pékin est omniprésente avec la moitié de la population d’Urumqi d’origine han, l’ethnie historique de la Chine qui constitue 92 % de la population du pays, nous trouvons fascinant ce nouvel endroit : les panneaux sont à la fois en signes chinois et en caractères arabes (parfois même en russe) et les gens parlent l’ouïghour. Cette langue fait partie du groupe des langues turques, comme dans beaucoup de pays d’Asie centrale. Ici, le climat est sec, le désert de Taklamakan n’est pas loin et de hautes chaînes de montagnes encore assez inexplorées pour la majorité offre de splendides vues autour de la ville. Bref, notre nouveau terrain de jeu nous plaît et c’est bien là l’essentiel ! Mais au fait, pourquoi sommes-nous arrivés ici en avion ?

LA rencontre

Il existe des jours dans notre voyage ou rien de spécial ne se passe. Mais c’est rare. Et puis il y a les autres jours, exceptionnels, où les humains vous envoient un signe. Certains appelleraient ça un présage du ciel, d’autres de la chance. Nous croyons qu’il s’agit de la réussite du voyageur qui se prend en main, même si ce qui suit est un événement clairement hors norme. Si vous êtes resté sur votre faim lors de notre dernier article alors que nous cherchions une solution pour rejoindre la ville d’Urumqi dans le Xinjiang, voici l’histoire hallucinante de M. Xiang.

M. Xiang et ses collègues

M. Xiang et ses collègues

A Vancouver au Canada, nous avons fait la rencontre de Liwei, grâce à Arnaud et Anouck, un couple de suisses à vélo que nous avions rencontré sur la route en Patagonie. Liwei est d’origine chinoise, plus précisément de la ville de Chengdu où nous sommes restés un bon bout de temps pour régler nos soucis administratifs. Elle nous a mis en contact avec son oncle, M. Xiang, qui nous a invité à manger dans un très bon restaurant de la ville avec ses employés. Comme il s’intéresse beaucoup à notre voyage, nous lui faisons part de nos problèmes pour monter dans le nord de la Chine avant que nos visas n’expirent. Nous lui expliquons que nous cherchons n’importe quel moyen : un train de marchandises, un camion, un véhicule privé, n’importe quoi… Très vite, il propose de nous aider grâce à ses relations. Dans les jours qui suivent, sa secrétaire Lily et lui se démènent pour nous aider, se rendant assez vite à l’évidence : l’avion semble être la seule solution pour faire ces 3000km. M. Xiang nous écrit un e-mail et nous demande de lui envoyer nos photocopies de passeport au plus vite, il veut nous acheter 3 billets d’avion… nous n’en revenons pas.

Le ressenti de Siphay : « Une fois de plus durant ce voyage, j’ai cette sensation désagréable. Cet oncle nous invite généreusement au restaurant, et voilà qu’il nous demande nos numéros de nos passeports ! Nous savons très bien ce que cela signifie, nous n’avons pas le temps de réfléchir car il n’y aura bientôt plus de place sur les vols. Je vois que les amis ont le même ressenti, j’ai envie de dire « oui », mais il est très gênant de se voir offrir un cadeau d’une telle valeur, de la part d’une personne que nous ne connaissons presque pas ! J’ai la sensation d’abuser, je suis mal à l’aise. Mais j’essaie de me rassurer en me trouvant des excuses : il aime ce que l’on fait ; il a certainement des avantages sur les prix des billets grâce à son entreprise ; il insiste beaucoup en expliquant qu’il se doit de faire ça envers sa nièce… Dans tous les cas, nous sommes dans l’obligation de prendre cet avion et répondons à son mail avec les informations sur nos passeports. Merci à cet homme, merci Solidream !

Deux jours plus tard, Lily nous souhaite bonne route devant les portes de sécurité de l’aéroport de Chengdu et, trois heures plus tard, nous sommes en train de monter nos vélos pour rejoindre le centre-ville d’Urumqi. Voilà comment nous sommes arrivés là !

Comment remercier une personne qui agit ainsi pour les inconnus que nous sommes ? Que pouvons-nous donner en retour à M. Xiang ainsi qu’à toutes ces personnes qui font grandir Solidream ? Nous avons donc décidé de réaliser un petit film en l’honneur de toutes ces rencontres de cette générosité et de cette hospitalité qui n’ont définitivement pas de frontières. Film en ligne dans quelques jours…

En route pour le Kazakhstan et l’Asie centrale

Sans vouloir vous barber une nouvelle fois avec nos histoires de visa, sachez quand même que nous avons attendu une semaine à Urumqi, chez Natasha rencontrée grâce au site Warmshowers. Le tout pour avoir une page de notre passeport recouvert d’un feuillet pour le Kazakhstan et pouvoir rejoindre Almaty où nous allons… exprès pour faire des visas ! Et oui, l’Asie centrale est un cauchemar concernant cet aspect pénible du voyage. C’est la vie…

IMGP4443REn tous cas, la route qui mène à la frontière ne nous laisse pas de marbre : premièrement, nous allons vers l’ouest. Ca peut paraître banal, mais nous sommes à un stade de notre voyage où nous pensons pas mal à la fin. Et jusque là notre direction globale en Asie était le nord. Nous avons le sentiment de rentrer à la maison. Dans 4 mois, nous reverrons nos familles et amis à notre point de départ, après 3 ans sur les routes. Nous essayons de profiter de l’instant présent, mais ça gamberge à l’intérieur, c’est clair : que va-t-on réellement trouver à notre retour ? Comment allons-nous appréhender ce que certains appellent la « vie normale » ? Que va devenir Solidream ?

Les 650 km jusqu’à la frontière kazakhe nous font grimper à plus de 2000m d’altitude où nous retrouvons un paysage assez proche de ce que nous pouvions voir sur les hauts plateaux de Bolivie. La région est aride et les vents sont froids, la terre se transforme en un sable fin allant du jaune au rouge-orangé et nous devons parfois parcourir plusieurs dizaines de kilomètres dans ce décor avant de trouver un bâtiment synonyme d’eau et de nourriture pour nos corps fatigués. L’ambiance est bonne dans l’équipe. Nous sommes heureux d’avoir retrouvé une certaine liberté et de pouvoir enfin rouler sans être des hors la loi comme dans le Sichuan.

Notre dernière journée en Chine est exceptionnelle. Nous grimpons jusqu’au Lac Sayram, situé à 2074m d’altitude, au coeurs des Monts Tian. Cette chaîne de montagnes est le cinquième relief du monde après l’Himalaya, les Andes, les Rocheuses et le Pamir situé un peu plus au sud. Le lac est encore partiellement gelé. Les reflets de la glace, la transparence de l’eau et cette petite île emprisonnée dans ce décor de blanc, de bleu et de vert nous laissent muets. Nous restons là une bonne demi-heure, faisons quelques images et exprimons notre bonheur d’être là, à cet instant. Le bonheur simple de partager cette vue, cette ambiance et ce silence entre amis. Quelques kilomètres plus loin un petit restaurant nous ouvre ses portes. Pour 2 € nous nous faisons un bon plat de pâtes en sauce avec un peu de boeuf. C’est plus cher que d’habitude car nous sommes loin de tout ici mais les heures de vélo rendent ce plat délicieux. A peine sortis de là nous devons traverser un tunnel sans avoir la moindre idée du spectacle qui va s’offrir à nous. En quelques secondes nous passons des hauts plateaux boliviens aux montagnes de l’Aslaka, d’un environnement vierge de végétation à des montagnes recouvertes de sapins, d’un décor gris, jaune et rouge-orangé à une ambiance de forêt dense et verdoyante. Nous avons la sensation de dévaler les pentes du Sud de l’Alaska ou de l’ouest du Canada. Incroyable ! Nous n’en revenons pas ! Quel spectacle, quel changement et quelle surprise.

La descente est un réel bonheur et aucun d’entre nous n’a le courage d’interrompre cet instant pour faire des images. Chacun sur son vélo, nous pensons que cet instant magique restera pour nous. C’est une des rares fois où personne ne fait l’effort d’immortaliser le spectacle. Nous voici aux portes du Kazakhstan !

La Kazakhstan, un premier pas en Europe

Flaming Mountains

Flaming Mountains

Le passage de frontière se fait presque normalement jusqu’à ce qu’on apprenne que nous n’avons pas le droit de faire à vélo les 7 km du No Man’s Land qui séparent les deux pays… Après discussion et sans bakchich nous obtenons l’autorisation de partir à vélo. La route jusqu’à Almaty a également donné son lot de paysages grandioses. L’immensité des steppes herbeuses et vertes laisse place un moment au canyon Charyn qui n’a rien à envier à d’autres plus grands canyon bien plus renommés. Et jusqu’à Almaty, la grande ville, la chaîne des Tian est là, au sud. Nous la retraverserons dans quelques temps.

Au Kazakhstan la langue nationale est le russe mais les gens parlent aussi kazakh (une langue appartenant à la famille des langues turques) et nous ne connaissons rien de ces langues. C’est ainsi que nous découvrons très rapidement à quel point il est plus facile de communiquer avec des signes qu’en Chine. Les gens nous comprennent mieux ici. Il est possible de s’asseoir à une terrasse pour juste boire un café, tous les hommes nous serrent la main pour nous dire bonjour, les femmes nous regardent avec un oeil plus séducteur et les automobilistes roulent extrêmement vite : fini la Chine, bienvenus dans les « Stans »

Morgan raconte : « Je ne m’attendais pas du tout à ça. Généralement je n’aime pas trop me renseigner sur les pays que nous allons traverser. Je préfère découvrir le jour J. Cette fois je ne suis pas déçu. Arrivés à Almaty je découvre une ville moderne, des voitures de sport dernière génération, des filles en mini jupe et hauts talons ainsi que des magasins Luis Vuitton ou Hugo Boss… C’est ça le Kazakhstan ? J’ai raté un chapitre ? Je suis déjà en Europe de l’Est ? Pour un pays de l’ancienne république soviétique et à grande majorité musulmane, je ne pouvais m’attendre à ça. Mais lorsque les locaux nous avertissent qu’ici les hommes règles leurs petites querelles en boîtes de nuit à coup de pistolet, qu’un flic vient dire à Siphay de baisser le bas de son pantalon pour cacher ses mollets ou encore que Brian se fait raquetter par la police tandis qu’il rentrait se coucher chez notre hôte après avoir fêté son anniversaire… je me dis que je suis bien au Kazakhstan en fait. »

Visa, ce mot qui nous hante…

Bon désolés mais il faut bien qu’on vous raconte nos péripéties alors finalement on vous met une couche de visa supplémentaire. Il faut dire que c’est notre quotidien en ce moment… Nous venons de passer une semaine à Almaty, la plus grande ville du pays, pour faire faire 2 visas : pour l’Ouzbékistan et le Tajikistan. Obtenir le visa pour l’Ouzbékistan a été pour nous une blague de mauvais goût : nous avons payé 105$ chacun pour aller dans un pays dans lequel nous allons à priori transiter à peine 5 jours pour nous rendre au Turkménistan et plus tard traverser la mer Caspienne sur notre chemin pour rentrer à la maison en Europe. Le tout a été obtenu en faisant pression sur les personnes au guichet, à chaque fois avec de longues heures d’attente, pour accélerer un processus déjà beaucoup trop lent et à la tête du client. Au total, nous avons fait le déplacement jusqu’à l’ambassade 5 fois ! Le visa tajik est une formalité à Almaty et nous a pris à peine 24h à obtenir. Ouf !

Nous sommes donc bons pour rouler jusqu’à Dushanbe au Tajikistan, 1700 km plus loin, avant de subir un dernier « épisode visa » pénible pour le Turkménistan et l’Azerbaidjan. Après ça, finis les ennuis !  La route s’annonce particulièrement accidentée avec 3 cols à plus de 3000 m d’altitude. Mais c’est ça qui est bon ! A nous les Monts Tian ! Après plus d’une semaine à poireauter pour l’administration, nos jambes fourmillent. Ca va être géant !

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  • Honolulu

    J’ai découvert votre site il y a peu via google. Je viens de lire tous vos articles et de regarder toutes vos photos/ vidéos. Ce que vous faîtes est vraiment super et vous partagez cela très très bien via ce site !! un grand BRAVO !!

  • Je fais passablement le même trajet que vous mais 1 mois plus tard. Je suis chez Natasha à Urumqi pour obtenir mon visa Kazakh puis je vais au Kyrgyzistan, Tajikistan, etc… je vais suivre votre aventure, au moins je sais ce qui m’attend!

    • Cool ! Natasha est une bonne âme, très sympathique femme. Une grande athlète qui plus est ! Bonne chance dans les stans, nous on a eu de très bone moments, un de nos endroits préférés restera la Kirghizstan. Bonne continuation !

  • J ROUSSEL

    REMERCIEMENT SPECIALE A MR XIANG
    LE VOYAGE PERMET DE RENCONTRER DES PERSONNES AUSSI EXEPTIONNEL QUE CE MONSIEUR
    BRAVO MAN