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Le sourire sincère cambodgien

A la découverte du Mékong cambodgien

Après l’expérience intense de la jungle au Cambodge, nous sommes partis à la rencontre de ses habitants le long du fameux fleuve qu’est le Mékong. Voici le récit d’un nouvel épisode riche en rencontres.

Phnom Penh, enfin presque

Portrait d'un enfant au Cambodge

Portrait d’un enfant au Cambodge

Sortis de notre jungle, nous nous empressons d’engranger des kilomètres car la vadrouille dans la jungle et dans les montagnes de Cardamone nous a fait perdre des jours sur un planning d’Asie du sud-est déjà bien serré. Nous sommes d’accord pour gratter des kilomètres en faisant du stop et en évitant par là même une route sans bas-côtés à la merci de chauffeurs à la conduite qui nous semble un peu hasardeuse. Nous savons bien que, déjà 41 000 km au compteur, l’objectif des 50 000 sera atteint d’ici la France. Donc nous arrivons assez vite en périphérie de Phnom Penh, la capitale. Comme  nous n’avons nulle part où dormir, nous ne souhaitons pas aller en ville. Nous avons repéré une route qui ne passe pas si loin mais qui nous fera éviter le chaos qui règne sur les axes de la capitale.

Sauf que… Ben au Cambodge la signalisation il y en a autant que de gens avec un permis de conduire. C’est-à-dire pas du tout. Aller, on vous l’accorde, nous sommes mauvaise langue : il y a effectivement quelques panneaux en Khmer quand même… Donc vous l’aurez compris, nous naviguons à l’instinct et à ce jeu là nous nous faisons prendre : impossible de repérer un axe principal sur la gauche, nous nous rapprochons du coeur de ville malgré nous.

Siphay explique :  » Il faut savoir qu’ici et dans certains pays voisins, l’unique règle est la priorité au plus gros ! Camion, voiture, moto, vélo puis le piéton. S’il m’arrive de les insulter alors qu’ils ne comprennent pas, il faut prendre sur soit et s’écarter quand un camion en double un autre même s’il n’y a pas suffisamment de place. Notre mentalité occidentale est différente et nous ne sommes pas chez nous. Notre court passage dans la région me donne encore plus envie de revenir afin d’approfondir mieux la culture »

3 crevaisons plus tard il fait nuit et nous n’avons qu’une vague idée de là où nous sommes et savons encore moins quelle route prendre. Nous finissons tout de même par emprunter une piste qui semble correspondre à ce que nous avons sur la carte et nous voilà la faim au ventre à demander un resto sur ce qui devient une petite route de campagne. Il n’y a rien, si ce n’est quelques boui-bouis pour acheter des biscuits et un grand bâtiment qui ressemble à une école où un local va demander s’ils n’ont pas un petit truc pour nous.

Là, quelques gamins viennent voir les blancs becs à vélo par curiosité. Cette petite foule monte vite à quelques dizaines de mioches curieux comme tout et dont une bonne partie parle plutôt bien anglais. Jusque là, seul un « Hello ! »  scandé de pleine voix par à peu près chaque gamin au bord de la route semblait être le vocabulaire des plus jeunes. On nous informe que c’est un orphelinat. Nous nous excusons mais nous ne savions pas jusqu’à ce qu’ils nous le disent ! Mais la bonne nouvelle c’est qu’ils nous invitent à dormir dans l’église à côté où certains des orphelins passent aussi la nuit !

Morgan se souvient : « 10 minutes plus tôt nous étions sans eau, sans nourriture, fatigués et sans aucune idée d’où nous allions passer la nuit. En un sourire, en une question, tout à changé. Le contact s’est fait et nous avons gagné l’hospitalité, le couvert, l’échange, la chaleur de ces jeunes orphelins qui nous surprennent par leur bon anglais ainsi que leur connaissance de la géographie. Nous passons la soirée à discuter avec les plus vieux, à peine la vingtaine, et finissons par leur montrer un de nos films. Et quand finalement nous sommes allés nous coucher dans nos hamacs nous les entendions regarder nos films que nous leur avons offert sur une clé USB. L’instant était magique, j’avais l’impression de leur avoir apporté quelque chose… du rêve peut-être, des sourires sans aucun doute. »

L’invitée du Mékong

L'heure se laver dans le Mékong

L’heure se laver dans le Mékong

Nous arrivons à Kampong Cham après une route exécrable (encore…) où nous rencontrons Hugues, un français au passé de vadrouilleur installé avec sa femme cambodgienne. Ensemble ils partent souvent à moto découvrir les recoins de ce pays fascinant. Hugues a passé de nombreuses années à vadrouiller en Asie pour apprendre notamment les médecines naturelles asiatiques. Avec sa formation de kinésithérapeute / osthéopathe, il dispose donc d’atouts uniques pour remettre ses clients sur pied. Nous sommes curieux et fascinés. En voilà une belle manière de mettre à profit ses voyages ! Ils nous laissent passer 3 nuits chez eux et nous donnent de précieux conseils pour la suite de notre périple en Asie.

Après un passage au bord du Mékong à découvrir la gym tonique du soir des cambodgiens en musique au bord du fleuve, nous voilà dans un café à siroter un excellent « Têt Growleu » (désolés pour la traduction approximative), jus de fruit mixé avec de la glace, du lait et un oeuf. Et qui ne voyons-nous pas débarquer ?! Mais oui, il s’agit bien d’Ainaz, notre amie rencontrée à Vancouver il y a quelques mois! Nous savions qu’elle était en vadrouille comme nous à vélo en Asie du sud-est mais le hasard a fait que nous nous sommes retrouvés ici. Nous sommes ravis de cette surprise, elle aussi et nous partons le lendemain tous dans la même direction.

Et nous voilà le lendemain, après avoir dit merci à nos hôtes et avoir invité Hugues à la Solidfiesta dans quelques mois (il officie près de Perpignan à Port Bou). Nous rejoignons Ainaz et elle fera partie de l’équipe finalement 3 jours, de la même manière que Koya en Australie. Ensemble, nous avons vécu ce choc culturel qu’est le Cambodge. Si la tendance en Thaïlande commence à être de s’approcher du modèle occidental, ici c’est authentique. Les cambodgiens sont tellement souriants et serviables ! Aucune personne mal intentionnée voulant profiter du touriste de passage et toujours le sourire sincère de l’habitant curieux voulant bien faire avec l’étranger.

Brian donne son sentiment : « J’ai été scié par la sincère amabilité des cambodgiens. Je crois que ça a été le cas pour toute l’équipe. C’est un pays qui a souffert il n’y a pas si longtemps et qui est très pauvre. Pour autant, nous avons bien vu dans les faits que l’argent ne fait pas le bonheur. J’ai retenu les paroles d’un local très sympa qui citait son père : ‘L’argent, c’est comme l’eau salée : plus t’en bois plus tu veux en boire et c’est sans fin jusqu’à ce que tu meures’. Ça fait réfléchir d’entendre ça d’un local qui n’a visiblement pas le cinquième du SMIG comme salaire et vit dans ce que nous qualifierions de taudis poussiéreux.« 

Ainaz sort des sentiers battus avec nous

Ainaz sort des sentiers battus avec nous

Nous partageons beaucoup d’idées sur le voyage en général avec Ainaz et échangeons nos astuces; nous en profitons pour lui faire découvrir le voyage à la façon Solidream : pas d’hôtels et navigation à l’instinct pour sortir un peu des sentiers battus et des routes balisées. Quand les locaux nous disent de faire demi-tour et que nous continuons, elle ne bronche pas et suit en disant souhaiter suivre le fil Solidream. Durant les trois nuits qu’elle aura passé avec nous, nous aurons dormi d’abord dans une pagode (temple bouddhiste) avec les moines, puis tendu nos hamacs dans un restaurant et enfin dormi dans une plantation d’hévéas (ce sont les arbres qui servent à faire le caoutchouc). De quoi lui changer son quotidien donc puisqu’elle compte plutôt sur les guest houses ou hôtels que nous nous sommes interdits dans ce voyage.

Ainaz donne son impression sur ces quelques jours avec nous :

« La première chose que j’ai noté en roulant avec Solidream, c’est leur travail d’équipe. Ils font preuve de  solidarité tout au long de la journée, en discutant des prochaines décisions : quelle route prendre, où s’arrêter pour une pause, qu’est-ce qu’il y aura dans le prochain film ou article, comment le rendre plus intéressant et comment le raconter à leur public…  Ils respectent leur opinions respectives en n’hésitant pas à mettre de côté une volonté personnelle. Ils parlent, ils parlent, ils parlent en passant d’un sujet à un autre : des moments qu’ils ont vécu ensemble aux plans pour le futur tout en appréciant la balade à vélo et le spectacle de ce que le voyage leur offre – qu’il s’agisse de faire coucou aux enfants ou bien de s’arrêter pour prendre une photo ou filmer une séquence. Ils sont clairement une équipe, chacun à son poste dans la machine Solidream. Et ils le font tellement naturellement qu’ils ne se rendent pas compte de la difficulté de faire ce qu’ils font chaque jour, sans effort.

La route que nous avons prise est la plus dure que j’ai faite avec un vélo chargé. Mais, je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas été inquiète un seul moment quand nous l’avons parcourue. Ce n’est pas habituel pour moi, mais je sais pourquoi je me suis sentie aussi bien… C’est parce que je me suis sentie bienvenue comme un membre de leur équipe – mes soucis étaient les leur et vice-versa. Nous étions entre bons amis et quand vous avez quelqu’un pour veiller sur vous, vous savez que tout va bien se passer, peu importe où vous êtes et ce qui peut arriver.« 

Le Vietnam en vue

Ainaz continue vers le nord au Laos. Quant à nous, nous allons faire un crochet à l’est au Vietnam. Nos chemins se séparent donc après presque 3 jours de vie commune. Nous sommes tout de même admiratifs de voir partir cette jeune femme seule avec son vélo, nous qui avons le sentiment de pouvoir casser des briques ensemble mais n’avons finalement jamais expérimenté la route en solo.

La suite passe assez vite jusqu’à la frontière. Pas grand chose sur la route si ce ne sont ces nombreux champs d’hévéa le long d’une route nouvelle qui sert à ces exploitations. Onzième producteur mondial de latex (sève issue de l’hévéa), le Cambodge compte beaucoup sur cette ressource qui est la première exportation du pays. A la frontière avec le Vietnam, pas un touriste en vue. En fait nous sommes parmi les seuls à ne pas passer en camion. Les gens sont curieux de voir passer des cyclistes voyageurs par ici.

Et nous, comme à chaque nouvelle frontière, nous rendons un peu plus compte du trajet accompli depuis 2 ans et demi. Nous sommes bouillants d’envie sur ce qui arrive maintenant et comptons bien profiter des mois qui nous restent jusqu’en France.

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