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La Carretera Austral : la casse, la boue, le froid, la pluie… tant mieux que nous nous sentons vivants !!!!

El Chalten : Notre camp de base, rejoint non sans mal…

Le 15 mars, nous sommes épuisés par des journées dépassants les 100km sous la pluie, face au vent et avec un relief nous donnant un avant goût des Andes que nous apercevons sur notre gauche depuis plusieurs jours… 45km avant d’arriver à El Chalten, il est 22h, nous nous arrêtons et allons frapper à la porte d’une ferme pour demander du pain. Nos vivres sont épuisées.

Flco, Diego et Fernando !!!

Flco, Diego et Fernando !!!

Après un petit temps d’hésitation, Fernando, Diego et « Flaco », comme ils le surnomment, nous invitent à manger dans leur salon. Ils envoient le plus jeune chercher des côtes de mouton fraichement découpées et nous les cuisent au feu de bois. Nous nous régalons de ce mets simple mais tellement délicieux. Nous passons la nuit dans leur jardin, sous la tente.
Le lendemain le vent forcit encore. Nous sommes à 5km/h sur le plat, réglés sur le plus petit rapport que comptent nos 14 vitesses. Parfois nous frôlons la chute tellement les bourrasques sont violentes. Après 2h d’efforts nous abdiquons et montons à bord d’un camping car pour faire ces derniers 30km avec un couple d’allemand fort sympathique.
Le soir, nous nous voyons généreusement invités par Guillaume, Julie, Laura et Thomas, rencontrés quelques jours avant au parc Torres del Paine, à diner et boire quelques bières bien méritées. Pour dormir, nous demandons à la gérante du bar où est ce que nous pouvons planter notre tente sans risquer de nous faire ramasser par la police… Elle finira par nous inviter dans son jardin.

La Carretera Austral : des préliminaires sans complexes

La boue bien fraîche...

La boue bien fraîche...

Pour rejoindre la mythique route australe nous devons passer la frontière Argentine-Chili qui se trouve dans une nature perdue, riche, humide, escarpée… c’est 20km de chemin pour randonneurs avertis que nous devons passer avec nos vélos chargés de plus de 35kg de matériel. Ce n’est certainement pas une première, chaque année un bon nombre de cyclovoyageurs se lancent dans cette aventure pour rejoindre « La Mecque » des amateurs de voyage à vélo : la route australe !
Il est tout de même possible de faire appel à un « porteur », équipé de superbes chevaux, qui viennent en aide aux plus faibles ou au moins courageux. Mais loin de nous cette idée !!!
Un paramètre non négligeable vient nous rendre la tâche un peu plus difficile : la pluie continue sans répits…

Durant les 6 premiers km il est inenvisageable de monter sur le vélo. La pente est raide, la forêt dense et le chemin est si étroit que nos vélos n’ont parfois pas la place de passer. Nous poussons, portons nos montures, traversons des cours d’eau, enjambons des troncs ou roches situés sur notre chemin… nous sommes parfois plantés dans la boue jusque mi-mollets et devons nous mettre à deux pour réussir à sortir les vélos de ces pièges. Nous mettrons plus de 2h pour abattre ces 6km où les efforts nous ont aidés à oublier qu’il fait 6°C et que nous sommes trempés jusqu’aux os.

Pousse, allez pousse !!!

Pousse, allez pousse !!!

Au col nous passons la ligne imaginaire séparant les deux pays et attaquons la descente… sans freins… la pluie, la boue et des patins de freins ayant plus de 7000km d’ancienneté nous ont vu assumer plus de 10km de descente, sur une piste de gravier, accrochés à côté du vélo, les deux pieds en avant pour freiner l’engin pesant à lui seul plus de 50kg…

Nous arrivons au bout de cette étape avec le sentiment que peu de choses peuvent nous arrêter. A nous le Chili, à nous la Carretera Austral qui débutera une fois le Lac O’Higgins traversé.

Nos premiers tours de roue : Casse, pluie, froid… vivement les tropiques !!!

C’est plus de 1000km de piste que nous entamons avec une motivation toujours aussi grande. Nous roulons dans un décor magique, la forêt est dense, les rivières naissant des glaciers situés sur les montagnes environnantes sont d’un bleu surnaturel, les animaux abondent… Nous contemplons…
Nos vélos, quant à eux, ont perdu au change. Sur cette piste, faite de terre, de graviers et de « nids de poule », ils souffrent et nous n’avons pas réduit notre cadence et comptons bien assurer nos 100km quotidiens. De plus, lors des descentes nos instincts nous rattrapent et nous flirtons régulièrement avec la barre des 60km/h tout en profitant de l’adrénaline que cela procure… Les vibrations, les pierres qui volent, la poussière, la boue… tout cela fait des dégâts :
Siphay : Le porte bagage avant faillit s’en aller en pleine descente, la fixation d’une de ses sacoches est cassée et sa sacoche arrière gauche est trouée…
Morgan : La poche extérieure de la sacoche arrière gauche s’est arrachée, les roulements à bille de la pédale de gauche sont foutus et une pièce du frein arrière a cassé…

Etendoir improvisé...

Etendoir improvisé...

En plus de la casse, nous subissons le froid ajouté à la pluie. Nous ne sommes pas bien équipés pour de telles conditions et un soir nous terminons complètement trempés par une température dépassant timidement les 0°. C’est un abri bus qui nous servira de refuge pour sécher la tente mouillée depuis la veille et tenter de dormir au sec… C’est habillés dans les duvets, bonnets et chaussettes aux pieds, que nous nous réchauffons en mangeant une soupe bien chaude. Le lendemain matin il pleut toujours et nos habits et chaussures n’ont pas séché. Nous enfilons nos tenues froides et mouillées et reprenons la route…

La pédale défectueuse nous a posé de gros problèmes car celle-ci donnait la sensation d’être grippée, tellement grippée que lors d’une montée celle-ci s’est dévissée jusqu’à ce que Morgan se retrouve à pousser dans le vide, la pédale au sol… Heureusement il tenait son guidon bien fort et a ainsi échappé à la chute. Après l’avoir resserrée nous continuons mais il faut forcer encore plus fort pour faire avancer le vélo. Les frottements rendent la pédale brulante et épuisent Morgan… Nous pensons à démonter la pédale pour rouler sans les roulements mais nous n’avons pas la bonne clé pour cela… Ce jour là nous avons tout de même réalisé 100km pour rejoindre la prochaine ville… En fin de journée nous en arrivons à échanger de vélo. Ainsi Morgan peut se « reposer » sur le vélo de Siphay fonctionnant correctement tandis que, entre frères d’aventure, nous partageons la souffrance. Finalement, épuisés, nous marchons les 10 derniers kilomètres pour rejoindre la ville de Cochrane.

La pluie nous guette...

La pluie nous guette...

C’est dans cette charmante ville que nous avons réparé tous les dégâts et changé les roulements à bille de la pédale défectueuse. Pour cela nous avons récupéré des roulements sur une vieille pédale trouvée dans une casse et emprunté les outils d’un mécanicien travaillant dans un garage auto. Viva Chile !!!