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La Lac Laberge avec notre radeau

La Yukon River en radeau, expérience unique du Wild canadien

Notre radeau est opérationnel après une construction express. Grâce à Didier, nous nous sommes lancés depuis le lac Laberge, près de Whitehorse, pour plus de 700km sur la Yukon River jusqu’à Dawson City. Nous avons ainsi parcouru la route mythique de la ruée vers l’or, avec les vélos sur notre radeau.

Siphay et Morgan à tribord

Siphay et Morgan à tribord

Entrée en matière magistrale

On nous avait prévenus des difficultés que nous pourrions rencontrer en traversant le lac Laberge, point de départ de notre épopée sur le Yukon. Alors que nous dérivons, déjà bénis des dieux avec un bon vent arrière, nous disons au revoir à Colleen et Dariya, nos hôtes et amies de Whitehorse spécialement venues depuis la ville pour l’occasion de notre départ au petit matin. Didier vient également nous dire au revoir en bateau à moteur 20 minutes après notre départ. Nous réalisons vite la difficulté à mouvoir notre engin de près de 1,5 tonnes (avec chargement) à la rame. Mais nous effectuons la traversée du lac en 13h de navigation, parcourant environ 30km, grâce à une voile improvisée : notre bâche de tente. Dans un décor absolument fantastique au milieu de l’eau bleue et claire du lac, nous avançons à bonne allure vers la mythique Yukon River.

En milieu de journée, le lac s’agite pas mal mais notre voilier improvisé est stable comme un tank. Nous apercevons l’embouchure du Yukon à quelques centaines de mètres et il est déjà tard. Nous montons le camp proche de là, en combattant les hordes de moustiques qui nous assaillent.

Dangereux le Yukon ?

On a entendu de tout avant le départ : « C’est une rivière très calme, aucun danger », « Vous verrez beaucoup de monde sur la rivière » ou encore « C’est bien plus dangereux que votre traversée du Drake pour aller en Antarctique », « Vous risquez de vous tromper de chemin et descendre la mauvaise rivière », « Les ours seront le plus grand danger », « Vous devez porter des gilets de sauvetage ». L’eau est aux environs de 5°C au début, un homme ne peut y survivre plus de 10 min  dans de telles conditions. Si un incident survenait, aucun moyen de communication en poche, il aurait fallut parcourir parfois des centaines de kilomètres sur des terrains vallonnés par nos propres moyens car, la majorité du temps, aucune route n’approche notre itinéraire. Nous avons pris les précautions nécessaires en faisant photocopier une carte de la rivière (pas de GPS pour nous) et en nous procurant des gilets de sauvetages pour respecter la loi canadienne… Puis nous nous sommes lancés dans l’aventure. Nous étions confiants sur la solidité de notre radeau bâti au millimètre.

Verdict : respectez la rivière et tout ira pour le mieux. Notre plus grande préoccupation avant le départ était le lac Laberge et les rapides des Five Fingers.  Un déluge a commencé à s’abattre sur nous peu avant les rapides. Nous avions froid et savions qu’il fallait rester sur la droite de la rivière après le village de Carmacks. Nous attendions donc notre sort patiemment tout en ramant pour rester sur la bonne trajectoire et en guettant au loin. Tranquillement, la rivière nous mène en direction des grands rocs plantés au milieu de son lit et entre lesquels nous devons pagayer. Brian raconte ce passage :

« Le courant s’est accéléré et nous voilà tous les quatre à fond en train de ramer pour s’écarter de la rive de droite. Un moment de doute s’est installé quand j’ai vu le radeau commencer à pivoter, chose que nous voulions à tout prix éviter. Quelqu’un criait ‘A droite, à droite !!’. A trois à tribord et un à bâbord nous avons redressé juste à temps. Le passage était très étroit et le courant fort. Une chute dans l’eau très froide signifierait une grosse galère pour tout le monde. J’ai forcé et forcé sur la rame, encouragé les copains à en faire autant. Une fois la sortie en vue, j’ai contemplé brièvement cet endroit et j’étais transporté par ce qui venait de se passer : je ressentais une joie mêlée à l’excitation d’avoir accompli quelque chose de glorieux. »

Amarrages sur les berges du fleuve

Amarrages sur les berges du fleuve

Souvent, nous pouvions tranquillement admirer le paysage qui s’offrait à nous au fil du courant, mais il fallait sans cesse anticiper les courants ou le vent qui nous déportaient sur le bord, les troncs d’arbres bloqués en plein milieu, et les îles qui se dressaient devant nous. Une fois, nous avons été déportés et sommes arrivés de front très vite sur une île.

Morgan raconte : « Comme chaque soir, nous cherchons un endroit où nous pouvons nous arrêter sans trop de difficultés mais cette fois-ci nous anticipons mal notre arrivée. Nous sommes sur le flanc droit et un bras de la rivière part vers la droite. Notre réaction est trop tardive pour éviter le petit passage… Malgré nos efforts nous nous écrasons contre la berge exactement entre le petit bras et le bras principal de la Yukon River. Notre radeau est solide et nous avons confiance en sa résistance. Par contre les arbres sont penchés dans note direction et le premier risque est de se faire empaler. Une fois bloqués contre la rive, le courant nous plaquant contre la végétation dense de cette île, nous devons réussir à nous sortir de là. Nous réunissons nos forces pour déplacer notre embarcation mais devons rester vigilant car, une fois dans le courant, les arbres couchés pourraient venir nous frapper ainsi que nos vélos entreposés sur notre vaisseau. Nous sortons de ce petit accident après quelques minutes d’efforts et une fois de plus je réalise la force de notre équipe dans les moments difficiles. Parfois nous pouvons nous engueuler pour un simple mot mal placé mais dans ces situations-là nous devenons un seul Homme, efficace et fort, capable de se coordonner et de franchir des montagnes dans une ambiance mêlant excitation, joie, peine, douleur et fierté d’être là, d’affronter la situation avec ses frères d’aventure. »

Un moment d’amitié resté gravé

Ce mode de voyage est nouveau pour nous, il change beaucoup du vélo : pour une fois, nous sommes tous sur le même engin et devons nous coordonner pour aller dans la bonne direction.

Siphay livre son impression : « C’est quasiment Paris-Montpellier que nous venons de parcourir alors que pas plus de 9 mètres nous séparaient les uns aux autres ces heures durant. Même s’il nous était parfois impossible de choisir avec exactitude nos trajectoires, nous étions sur l’eau et cela me rappelait mes expériences en mer. Rien ne pouvait traîner sur le pont, de vieilles cordes d’escalades faisaient office de bouts d’amarrage et devaient être lovées, prêtes à l’envoi. Nous nous interdisions d’oublier l’accrochage de nos rames si précieuses, à l’aide de nos mousquetons. Dur de me souvenir le nombre de fois où chacun se devait d’être concentré et réactif à la moindre manœuvre ou intervention éclair. Voilà une expérience qui m’a marqué pour la vie. Je ne pouvais être toujours serein, de par le manque de maniabilité du vaisseau, mais aussi parce que nos bicyclettes et équipements électroniques à bord représentent notre vie encore pour un moment ! Il est extraordinaire de pouvoir s’enfoncer en pleine nature sans avoir à forcer constamment, certaines siestes furent parfois les bienvenues suite aux courtes nuits. »

A cette époque de l’année, il y a de la lumière tout le temps dans cette région. Nous en profitons donc pour avancer tard le soir, ce qui nous offre parfois des couchers de soleil à couper le souffle. Nous montons le camp parfois à 3h du matin, après avoir dégusté un repas chaud sur le radeau. Nous discutons des heures durant, racontant nos histoires à Bertrand qui vient de nous rejoindre pour trois semaines.

1h du matin sur la Yukon River

1h du matin sur la Yukon River

A la différence d’un voyage en canoë, comme ça se fait parfois ici, nous nous arrêtons très peu. Nous sommes toujours au sec, haut sur l’eau, sauf quand cette satanée pluie s’abat sur nous et nous frigorifie. Mais nous avons construit un abri avec une bâche pour s’en protéger. Nous prenons nos douches à mi-journée dans le Yukon en s’amusant comme des gamins, lorsque la chaleur est au plus haut. Nous sommes seuls au milieu de millions d’arbres, les falaises s’éclairent sous le soleil de minuit, un ours nous salue du haut de la montagne et seul le bruit de l’eau est là pour nous bercer. Bref, au-delà de l’aventure en soi, c’est aussi une aventure humaine d’un genre nouveau qui nous vivons. Nous réalisons que ces moments magiques sont un point unique dans chacune de nos vies et nous trinquons à cela. Et puis nous pensons à Etienne qui a dû rentrer aussi, nous aurions aimé qu’il soit là.

Citation de Bertrand      : « Quelques gorgées d’eau terreuse, un dodo sur un terrain accidenté et un repas dans une assiette en plastique, cette fois c’est sûr, on y est :). Après seulement quelques heures passées sur le radeau j’ai l’étrange sensation de ne jamais avoir quitté mes amis. Nous discutons des heures durant, nous remémorant les bons souvenirs et comparant nos modes de vie respectifs. Je prends énormément de plaisir à échanger avec eux et je ris beaucoup en apprenant quelques anecdotes coté « coulisses ». Entre navigation, blagues et souvenir le temps passe incroyablement vite ! »

Alaska, nous voilà !

Navigation sans GPS

Navigation sans GPS

La fin de ce périple nous a menés à Dawson, aux portes de l’Alaska. Ce sera notre dernière étape dans les Amériques, nous menant au-delà du cercle polaire arctique, après avoir passé environ 16 mois sur ce continent.

Post Scriptum : Qu’advient-il du radeau ? Nous avons rencontré Julie, une québécoise qui travaille  pour le chantier économique social du Québec, présent dans le Yukon. Cette organisation a racheté notre embarcation. Il servira au projet « Tent City », dont le but est de créer un environnement dans la ville pour permettre aux jeunes travailleurs saisonniers de vivre en tente pendant la saison d’été (Le camping sauvage est interdit ici). Notre radeau pourra accueillir deux tentes de 3 places et permettra à certains d’économiser les loyers exorbitants de Dawson City.

  • Pilou

    Extra, vous avez du faire encore de magnifiques photos, on est impatients de les voir.
    Question: comment est la route que vous allez suivre maintenant ?

  • edneia

    ola tudo bom com voces, tenho uma curiosidade, voces conhecia o local? como chegou ate o homem para fazer a jangada? como as pessoas tratam voces, desculpa a pergunta e que eu vou sair com a familia de bike , essas sao minhas curiosidades, chegar num lugar e desbravar, sem nunca ter indo ante

    bjus neia

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  • Les Morgans sont définitivement faits pour le vélo et le radeau ! Au plaisir de naviguer avec vous si l’occasion se présente, sait-on jamais… =P morguisp.wordpress.com

    • sympa ton trip 😉
      Au plaisir de te rencontrer !