Menu
Les volcans sont absolument partout. Partout où vous serez en Amérique centrale, vous pouvez être certains qu'un volcan se cache pas loin. Ce n'est pas pour rien que la route que nous avons empruntée s'appelle la "Ruta de los volcanes".

L’expérience Amérique centrale

Après notre épisode familial au Costa Rica, qui fait également partie de l’Amérique centrale, nous découvrons une série de petits pays dont nous ne connaissions vraiment pas grand-chose. Entre les volcans, les lacs et les « tortillas » à table, nous voici de nouveau dans une région du monde où les habitants vous accueillent à bras ouverts.

Dangereux ? Où ça ?

Lago Atitlan, Guatémala
Lago Atitlàn, Guatémala

Les statistiques ont de quoi faire peur : en terme de nombre d’assassinats rapportés au nombre d’habitants, le Salvador est premier, suivi par le Honduras (respectivement 72 et 58 tués pour 100 000 habitants, en 2009; source Wikipedia). Le Guatemala n’est pas loin derrière en 6ème position avec 45, et on nous a souvent mis en garde contre le Nicaragua également, en particulier sa région frontalière avec le Costa Rica. En général, les régions frontières de cette région du monde sont à éviter à cause du trafic de drogue qui transite énormément par ces pays pour aller vers l’occident, en particulier vers les USA : 90% de la cocaïne et 80% de la marijuana consommée aux Etats-Unis passent par l’Amérique centrale.
Pourtant, nous n’avons pas affaire ici à des voyous. Les regards ne sont pas agressifs, les gens vous appellent aussi « gringo » mais plus par la surprise de nous voir ici que de par une réelle mauvaise intention. Au Salvador et au Guatemala, il semblerait que la violence vienne essentiellement des gangs qui sévissent dans les capitales. C’est en discutant avec les locaux que nous apprenons que ces gangs sont nés aux USA. En effet, beaucoup de jeunes partent de manière illégale aux Etats Unis, certains d’entre eux se reconstituent une famille de « brothers » dans les ghettos de Chicago ou encore New York, sombrent dans le monde des gangs et se font arrêtés puis renvoyés dans leur pays. A leur retour, ils restent membres de la grande chaîne de la drogue (Colombie-Amérique Centrale-Mexique-USA) et reconstituent dans leur pays le schéma des gangs avec leurs « brothers » également expulsés des USA.

L’expérience Amérique centrale est donc bien différente de celle d’un autre endroit dangereux que nous avons traversé : le Venezuela (3ème dans la liste avec 52 homicides pour 100 000 habitants). Ici pas tellement de mises en gardes alarmistes mais plutôt des bras ouverts lorsque nous avons besoin d’un toit pour dormir. Brian raconte une de nos nombreuses rencontres : « Nous venions d’entrer en Honduras et la nuit tombait. Vu la réputation des frontières dans ce coin là, nous avancions vite pour s’en éloigner. Personnellement, en plus, je n’aime pas trop rouler la nuit, encore moins dans ces coins là. Une fois l’obscurité arrivée, nous demandons à une petite épicerie si l’on peut manger, mais ils nous disent qu’ils ne vendent pas de plat. Quelques secondes plus tard, la propriétaire des lieux vient nous voir et nous dit que l’on peut mettre nos hamacs dans le jardin et que nous pouvons utiliser sa cuisine. Naturellement ! Nous lui avons acheté quelques œufs pour manger avec notre riz. J’ai presque honte de moi de m’inquiéter alors que n’importe qui ici serait ravi de nous offrir ce qu’il a d’hospitalité. »

La région des volcans

Au Nicaragua, nous voyons une route sur la carte (imprimée depuis google map) qui s’écarte de la route panaméricaine et qui pourrait même être un raccourci. Ni une ni deux, nous voilà sur une petite piste qui passe entre les volcans. Nous sommes contents de s’être écartés de l’axe principal car nous découvrons de petits villages du fin fond du pays avec une ambiance qui nous change des camions de canne à sucre. La qualité de la route se dégrade et cela nous rappelle notre périple en Amazonie.

Siphay  se rappelle une belle rencontre : « Alors que nous étions sur la côte guatémaltèque, Brian propose un détour par les terres. Je

Rencontre autour d'un ricard avec Arnaud et Sam à Antigua Guatémala
Rencontre autour d’un ricard avec Arnaud et Sam à Antigua Guatémala

n’avais pas envie de monter jusqu’à plus de 2000 mètres d’altitudes en moins de 2 jours ni de retrouver le froid vu le peu de  vêtements chauds dans nos affaires. Mais je lui fais confiance, ça a l’air de valoir vraiment le coup ! Le petit challenge commence bien, tout une après-midi d’ascension sous une pluie torrentielle. Le lendemain nous sommes enfin récompensés en arrivant dans cette superbe ville coloniale « Antigua » et en profitons pour nous offrir le luxe d’un café sur une terrasse de la place principale.

Arnaud vient aussi prendre son café, il nous salue après nous avoir entendus discuter en français. Il s’est installé ici il y a quelques années et tient une agence « Bon Voyage » avec son épouse originaire du pays. Par simple curiosité on lui demande qu’est-ce qu’il pense de notre choix d’itinéraire, il nous offre une carte de la région et estime le temps nécessaire pour le trajet choisit. Perso, je prends une claque en réalisant que cela représente une journée de montagne supplémentaire alors que le temps est compté à cause des rendez vous fixés pour les fêtes de fin d’année au Mexique. Mais notre nouveau copain insiste pour pas que nous manquions ce superbe site et souhaite nous offrir un aller simple en bus jusqu’au lac d’ « Atitlàn ».

Sur le point de renoncer à notre boucle dans cette région magnifique, que devons-nous faire ? Est-ce que Solidream signifie avancer seulement en vélo, quitte à rater des merveilles du monde ? Moi c’est bon les gars, en plus de nous offrir généreusement nos places pour le trajet, un de ses amis nous attend  pour nous y recevoir ! Morgan et Brian sont du même avis. Nous lui proposons de lui offrir un verre en attendant la navette mais ce sera finalement Sam le patron de la petite crêperie qui nous régalera de verres de Ricard en plus des 3 litres de soda bien sucrés, une potion magique emportée pour les dures journées. »

Le « cul entre deux chaises »

Les volcans d'Amérique centrale
Les volcans d’Amérique centrale

Du Panama jusqu’au Mexique, l’influence des USA se fait clairement ressentir : enseignes américaines, véhicules « pick-up » qui consomment un max, enseigne coca-cola à tout va et surtout  pas mal de rencontres de gens qui sont partis vivre là-bas pour un temps (parfois longtemps). El Salvador, qui est un très petit pays de 7 millions d’habitants, a 2 millions de ses habitants qui habitent aux Etats-Unis (manière légale ou pas ?). Tous les gens qui nous abordent pour nous parler nous lançent directement des « What’s your name ? », « Hello, my friend !» ou encore « What’s up bro’ ?». Jousi nous a accueillis dans sa ferme alors que nous cherchions un endroit où passer la nuit. Extrait de journal de bord de Morgan : « Jousi allume le tuyau d’eau pour que nous puissions nous laver avant de passer à table. Il s’éclipse une petite heure, le temps pour nous de manger, et revient nous voir en pantalon et chemise. Il souhaite nous emmener rencontrer les gens du village, nous dit-il.  Avec Siphay on le suit tandis que Brian reste surplace pour se reposer. Nous arpentons les ruelles mal éclairées de ce petit « Pueblo », Jousi nous explique que telle maison appartient à son grand père, que tel bâtiment est envahi lors des fêtes de village et nous montre les montagnes, éclairées par la pleine lune, qu’il aimait grimper avec son jeune frère. Emerveillés par la passion qui l’anime lorsqu’il nous parle de son passé, de son pays et de ses habitants, nous restons un moment silencieux à l’écouter. Puis nous arrivons chez son oncle, dans une petite cours où les branches s’entremêlent quelques centimètres au-dessus de nos têtes jusqu’à former un toit naturel. Les présentations faites nous écoutons Jousi parler avec son oncle des derniers ragots, histoires et rumeurs du village tandis que sa tante nous régale d’un café exceptionnellement bon accompagné de petits gâteaux sablés. Nous vivons l’ambiance, nous nous sentons bien. Nous finissons la soirée, assis dans son jardin. Je suis posé dans un hamac tandis que Jousi et Siphay sont installés sur de petits bancs en bois. Je regarde la lune en écoutant Jousi nous parler de la politique du pays, de la violence qui règne dans la capitale, de la soucoupe volante qu’il a aperçu lorsqu’il était enfant, de sa vie aux USA ainsi que sa passion pour la nature et les montagnes… »

Au-delà des chiffres, on peut aisément ressentir le regard tourné vers la partie du monde la plus riche. La manière de fonctionner change de l’Amérique du Sud : peu de folklore, peu de traditions. Même si certaines personnes, comme Jousi, affirment être revenues des USA pour la tranquilité, la famille et la nature qu’ils ne peuvent trouver que dans leur pays natal. Nous avons quand même constaté que les Etats-Unis apparaissent dans toutes les discussions, que le rêve américain est un fait et que l’attirance que les gens ici ont pour le pays de Barack Obama érode l’identité du pays, condamne le Salvador ou le Honduras à être assimilé à une banlieue des USA plutôt qu’un pays à part entière avec son histoire, sa langue, sa culture et son patrimoine…

Fin de l’expérience

Le 21 Décembre 2011, nous sommes au Guatemala à 60 kilomètres de la frontière du Mexique, prêts à passer en Amérique du Nord. Alors que nous avions tenu un bon rythme tout au long de la journée, le pédalier de Brian se rompt violemment. L’axe est brisé en deux. Impossible de réparer ni de rencontrer du matériel digne de ce nom dans cette partie du Guatemala… Nous voilà avec un vélo qui a autant d’utilité qu’un chariot de supermarché, c’est parti pour le Mexique !

Tags: