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Berne

La bienveillance des gens aimés

Un choc culturel dans notre propre culture, c’est bien ce que nous avons ressenti en arrivant des pays de l’est. Passé ce cap, nous posons les pieds chez Bertrand à La Chaux-de-Fonds en Suisse, nous regagnons doucement ce qui nous manque le plus dans ce voyage : les gens que l’on aime.

La Suisse francophone, ce petit paradis

Nous nous réveillons sur notre bâche dans un décor alpin. Nous n’avons pas eu la motivation de monter la tente hier soir, après les 260 km record pour arriver à Neuchâtel. Devant nous, le bleu du lac rappelle parfaitement le ciel qui trône au-dessus des sommets des Alpes aux neiges éternelles. « Bonjour !« , nous dit avec enthousiasme une joggeuse à l’accent helvétique. Choc ! Quelqu’un nous adresse la parole en français ! La dernière fois que nous avons traversé un pays francophone, c’était au Sénégal en 2010. Ce simple mot sympathique nous enjouât à aller apprécier un café en ville un peu plus loin, où nous nous faisons remarquer les uns les autres qu’il ne faudrait pas trop dire d’âneries, les gens nous comprennent ! Tous ces gens qui parlent français nous ramènent par les faits à la réalité : nous allons rentrer.

Retrouvailles avec Bertrand en compagnie de Céline et Nathan

Retrouvailles avec Bertrand en compagnie de Céline et Nathan

Nous grimpons les 900 m qui nous séparent de la Chaux-de-Fonds pour aller rejoindre Bertrand qui y habite. Retrouver un compagnon de voyage comme lui est un bonheur évident. A tel point que nous avons prévu de le faire durer 10 jours ! C’est donc dans cet environnement calme et paisible, entre les Alpes et le Jura suisse, que nous nous régalons de baignades dans le lac, de parties de beach volley sur les rives, d’apéros, de soirées à raconter des histoires, à parler de nos projets, de nos coups de cœur, de nos coups de gueule… Bref, de tout ce qui compose une amitié au présent, c’est-à-dire cette affection bienveillante des gens dont on se soucie et qui, même s’ils n’étaient pas là durant notre voyage, étaient là quand même. Et nous nous faisons une joie de connaître les dernières petites nouvelles. Ce temps de réjouissance est arrivé.

Nous partons ensuite en direction de Berne où la famille de Siphay nous reçoit comme des papes.

Siphay donne son ressenti : « La Suisse raisonne comme une transition pour notre arrivée finale. Nous poussons nos pédales dans des villes et patelins où je suis déjà passé. Je vivais et travaillais dans ce pays qui était un chez moi. Ce sentiment profond de retour et de fin de trip me prend parfois mais il nous reste encore des kilomètres et je me force donc à me sortir de la tête cette échéance pour savourer chaque seconde, ma vie ne va pas s‘arrêter. Dans Berne, je suis comme un petit fou et ne cesse d’appeler les gars pour leur préciser que je reconnais chaque détail. C’est sûrement lourd, mais je ne peux pas m’en empêcher ! 3 ans moins une semaine se sont écoulés, ma tante et mes cousins nous attendent avec impatience pour avoir la chance de nous voir encore dans ce mode voyage. Une chose certaine que j’ai changée durant cette aventure est que, d’éducation plus asiatique et peu communicative sur les sentiments, je suis dorénavant facilement dépassé par mes émotions. Ma tante me serre très fort dans ses bras et j’ai les larmes aux yeux, mes mots ne sortent pas facilement !« 

En route pour la France

En route pour la France

Douce France

Tempête. Nous passons la frontière sous le déluge : pluie, vent et tonnerre. Nous espérions mieux comme accueil au pays, mais nous nous disons que c’est à la hauteur de la réalité de ce voyage où la pluie et le vent ont été, quoi qu’on en dise, trop souvent contre nous. Nous entrons dans un supermarché trempés pour enfin manger. Nous pensions trouver un coin au chaud pour nous arrêter mais nous nous faisons transir de froid par les réfrigérateurs et congélateurs des rayons. Une rencontre devant les portes automatiques avec un homme qui se plaint de la situation en France, et voilà, en une heure, la réputation terne de la France qui vient se présenter à nous. Mais ce soir nous sommes de nouveau attendus par des amis et, quand on sait que la fin est bonne, qu’importent les péripéties.

Nous passons donc une journée sous la pluie, laissant derrière nous le magnifique lac d’Annecy. Mathilde et Juliette, amies de longue date, nous accueillent dans la maison familiale à Saint-Rémy de Maurienne avec Juliette qui a fait le déplacement depuis Paris pour l’occasion. Mathilde est auteur, compositeur et interprète du titre « I’ll Get To The Road » qui passe souvent dans nos vidéos. Pour ce premier jour en France, nous festoyons comme il se doit à l’occasion d’une fête de village à La Chapelle. Un retour fracassant dans la France profonde, mais quel kiff ! La journée de 140 km en montagne sous des cordes ne semble déjà plus qu’un détail à l’écoute de Patrick Sébastien autour de nos bouteilles de vin… le tout dans la joie du partage avec des amies que nous n’avions pas vu depuis plusieurs années.

Forcément le réveil fut difficile le lendemain, surtout que nous nous levons tôt pour la course cycliste de l’Opinel où nous sommes invités à participer. A 10h pétantes nous transpirons l’alcool de la veille dans la montée de 13 km qui constituent l’épreuve. Nous nous surprenons à ne pas finir dernier, avec nos vélos en acier de 20 kg, contre des types affûtés aux jambes rasées avec des vélos de 7 kg en carbone. Grand bien nous aurait fait d’arrêter la journée là-dessus comme les autres compétiteurs, mais non, ça aurait été bien trop facile. Après la remise des prix, nous laissons ce beau monde et continuons la grimpette jusqu’au col de la Croix de Fer (2067 m). De quoi nous en mettre plein les mirettes et nous redonner goût aux magnifiques paysages de la France.

Vue sur Saint-Sorlain d'Arves, dans l'ascension du col de la Croix de Fer

Vue sur Saint-Sorlain d’Arves, dans l’ascension du col de la Croix de Fer

Brian : « La contemplation est quelques chose qui peut s’apprendre. Ce voyage au long cours aura été pour moi un excellent exercice. Des montagnes, nous en avons vu des tonnes mais nous ne nous en lassons pas, bien au contraire. L’esprit fonctionne de manière néguentropique, c’est-à-dire que plus on met de choses dedans et plus il y a de place pour d’autres choses. C’est l’inverse d’un espace physique où le volume (par exemple) détermine la limite du système. Il en va de même pour la beauté des lieux : plus on expérimente les merveilleux décors, plus on a l’œil pour l’esthétique à d’autres endroits. Tel le héros de l’Alchimiste à son retour sur ses terres à la fin du récit, je redécouvre notre pays en notant les trésors cachés que nous n’avions pas eu la curiosité de voir avant de partir. La France est un pays extraordinairement magnifique. Je connaissais d’avance cette fin, mais la vivre est une toute autre histoire.« 

Sprint final

Nous sommes seulement à quelques jours de la ligne d’arrivée. Chez Laura et Thomas, des amis rencontrés en Patagonie, nous sentons l’échéance proche. Et pourtant notre état d’esprit ne change pas vraiment de ce qu’il a été tout ce voyage : nous prenons toujours autant de plaisir à nous intéresser à la vie de nos hôtes et à échanger sur des sujets divers, surtout quand nous avons affaire à des gens aussi intéressés et intéressants. Preuve par l’action : quelques jours plus tard, Thomas nous fait parvenir un poème touchant inspiré par Solidream.

Retrouvailles avec la charcuterie à la quinguette l'Espérance

Retrouvailles avec la charcuterie à la guinguette l’Espérance

Nous ne pourrions pas évoquer ce cycle final de rencontres si riche sans parler des accueils chaleureux qui nous ont été réservés dans l’auberge Le Caribou dans le Vercors par des amis de la famille de Morgan, ou encore à la guinguette l’Espérance aux abords des gorges de l’Ardèche chez une amie d’enfance de Brian, sans oublier un retour touchant en famille chez l’oncle de Morgan à Montélimar. Bref, pour ce retour sur nos terres, nous avons été bichonnés à point et les kilomètres séparant ces différents cocons amicaux ou familiaux n’étaient que des pointillés sans grande valeur. Mais si vous nous avez lu tout ce temps, nous l’avons souvent dit : ce qui compte le plus dans un voyage, ce ne sont pas les lignes mais les points sur la carte. Ce « sprint final » a eu donc peu de choses à voir avec un contre-la-montre façon Tour de France. A moins qu’on ne compte les émotions fortes comme autant de tours de pédales. Jusqu’au bout du bout de cette aventure, le vélo aura été un outil qui nous a servi à vivre des émotions fortes. A vivre en fait. Car que ferions-nous d’une vie sans émotions ?

Aussi, à deux jours de l’arrivée, c’est le cœur gros que nous préparons le « grand final » dans notre fief de Port Camargue…